Un rebelle à côté de la carcasse d'un tank de l'armée loyale à Mouammar Kadhafi à Misrata, le 19 avril 2011.
Un rebelle à côté de la carcasse d'un tank de l'armée loyale à Mouammar Kadhafi à Misrata, le 19 avril 2011. — P. MOORE / AFP

CONFLIT

Libye: Un blogueur français grièvement blessé à Misrata

Il faisait partie d'un groupe de six blogueurs partis suivre la révolution libyenne pour Rue89...

L'équipée de six jeunes blogueurs français dans la ville libyenne assiégée de Misrata a mal tourné, l'un risquant de rester paralysé après avoir été touché par une balle perdue. «Nous ne sommes pas venus ici pour couvrir une guerre, nous voulions juste voir une révolution comme celle en Tunisie», a confié l'un d'entre eux lors d'une rencontre avec la presse vendredi à Benghazi, le fief de la rébellion dans l'est de la Libye.

Les quatre hommes et deux femmes s'étaient rendus à Misrata fin mars, s'attendant à une chute rapide du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, confronté à une insurrection depuis la mi-février. Mais les combats se sont intensifiés après leur arrivée et les six jeunes blogueurs, âgés de 24 à 26 ans et qui s'étaient rencontrés sur les bancs de l'université à Rennes (ouest de la France), ont décidé de rester pour témoigner de la situation dans cette ville portuaire de l'ouest de la Libye, la troisième du pays.

Grièvement blessé

Pendant plusieurs semaines ils ont posté sur Internet des vidéos et écrit des blogs pour le site français d'information Rue89. Jusqu'au jour où l'un d'entre eux, Baptiste Dubonnet, a été touché par une balle au cou. «Nous marchions dans la rue et soudain j'ai vu que Baptiste était tombé. Il avait été touché au cou. Il y avait beaucoup de sang et nous l'avons emmené à l'hôpital», dit l'un de ses camarades.

Les attaques menées par les forces loyales au colonel Kadhafi ont retardé pendant plusieurs jours son évacuation de Misrata vers Benghazi. Ce n'est que jeudi qu'il est arrivé dans le fief des rebelles après un voyage de dix-sept heures dans un bateau où les autorités françaises avaient installé une unité de soins intensifs.

Pas irresponsables

Baptiste Dubonnet, qui selon ses camarades vient de Lyon (sud de la France), est maintenant soigné dans un hôpital de Benghazi. Selon les médecins, il est paralysé en dessous de la ceinture et son état est critique mais stable. Ses camarades, qui ont refusé de donner leurs noms lors d'une conférence de presse organisée à Benghazi, y ont fait un exposé avec présentation de graphiques animés sur les souffrances de la population de Misrata et affirmé qu'ils ne regrettaient pas d'être venus en Libye.

Interrogés pour savoir s'ils n'estimaient pas irresponsable de venir dans une zone de guerre sans assurance médicale, sans entraînement spécifique et sans parler l'arabe, l'une des blogueuses a répondu: «Je ne pense pas». «Notre présence a apporté un soutien moral à la révolution», a affirmé un autre, portant un pin à l'emblème de la révolution libyenne.

«Aucune expérience»

«C'est de la folie», affirme toutefois un responsable d'une équipe de sécurité engagée par un grand média international. «C'est l'exemple typique d'individus qui n'ont aucun entraînement ni aucune expérience des zones de conflit et qui vont dans un endroit où l'on sait que les risques sont élevés», estime-t-il sous couvert de l'anonymat.

Même les journalistes les plus expérimentés comptent parmi les victimes de la guerre en Libye. Les photographes de guerre Chris Hondros et Tim Hetherington ont été tués à Misrata le 20 avril. Ned Parker, un journaliste américain qui a couvert la guerre en Irak dès son début en 2003 et qui vient de quitter Misrata après y avoir passé plusieurs semaines, a exprimé son admiration pour Baptiste Dubonnet.

«C'est un journaliste courageux qui couvrait l'évènement dans la meilleure tradition du journalisme. Il a été touché par une balle perdue et cela aurait pu arriver à n'importe qui», a-t-il déclaré à l'AFP.

A Benghazi, les blogueurs déplorent que les autorités françaises n'aient pas envoyé d'avion militaire pour évacuer Baptiste Dubonnet. Ils les accusent aussi d'avoir donné leurs noms à la presse sans leur accord. Après avoir financé leur voyage en Libye sur leurs propres deniers, ils espèrent pouvoir vendre leurs reportages à leur retour en France.