Des manifestants défilent dans les rues de Nawa, près de Deraa, en Syrie, le 27 avril 2011.
Des manifestants défilent dans les rues de Nawa, près de Deraa, en Syrie, le 27 avril 2011. — HO NEW / REUTERS

MONDE

Syrie: L'opposition appelle à un «vendredi de la colère»

Le régime syrien est «déterminé à restaurer la sécurité»...

Alors que le Conseil des droits de l'homme de l'ONU doit se réunir de manière extraordinaire, le régime syrien est déterminé à réprimer la contestation tandis que l'opposition a appelé à manifester massivement ce vendredi.

«Les autorités sont déterminées à restaurer la sécurité, la stabilité et la tranquillité des citoyens», a affirmé jeudi à l'AFP le ministre syrien de l'Information, Adnane Mahmoud. Mais les protestataires refusent de lâcher prise et les «jeunes de la révolution syrienne» ont appelé sur Facebook à un «vendredi de la colère» en solidarité avec Deraa. «Aux jeunes de la révolution, demain nous serons sur toutes les places, dans toutes les rues (...), nous serons au rendez-vous», ont écrit les militants.

«La situation empire» à Deraa

A Deraa, dans le sud du pays, la situation humanitaire se dégrade après l'offensive militaire sans précédent pour mater la révolte dans ce berceau de la contestation contre le régime du président Bachar al-Assad, selon des militants. «La situation empire, nous n'avons ni médecins ni médicaments, ni lait pour enfants. L'électricité est toujours coupée et nous n'avons pas d'eau non plus», a dit Abdallah Abazid sur place, joint au téléphone par l'AFP à Nicosie.

La répression à Deraa a coûté la vie à 42 personnes depuis lundi, selon le «Comité des martyrs du 15 mars», proche des opposants. Depuis six semaines, au total 502 personnes ont trouvé la mort dans tout le pays, selon la même source. «A Deraa, l'armée est intervenue à la demande de la population pour rétablir la sécurité», a déclaré Adnane Mahmoud. Un militant de l'opposition, Abdallah Abazid a assuré que certains soldats «de la 5e compagnie se sont joints aux habitants de Deraa pour les défendre face aux services de sécurité». Le ministre de l'Information a réfuté cette information.

Des membres des forces de sécurité tués

Pour sa part, l'agence officielle Sana a rapporté que deux membres des forces de sécurité avaient été tués et sept blessés par balles à Deraa et à Tell Kalakh, à la frontière avec le Liban. Dans cette dernière ville, des heurts ont éclaté jeudi et des centaines de Syriens, pour la plupart des femmes et des enfants, ont fui au Liban voisin, selon un correspondant de l'AFP.

Le ministre de l'Information a par ailleurs indiqué que plus de 50 soldats et des dizaines de policiers avaient été tués depuis le début de la révolte. La télévision syrienne diffusait jeudi en boucle des images de funérailles de soldats et policiers et les «aveux» de deux jeunes gens présentés comme «des terroristes». Un diplomate américain a été brièvement détenu à Damas le week-end dernier, suscitant une protestation de Washington. «Un membre de l'ambassade américaine (à Damas) a été arrêté, puis relâché le week-end dernier. Nous avons protesté», a déclaré jeudi à l'AFP un responsable du département d'Etat.

Pas d'accord à l'ONU sur une condamnation de Damas

Mercredi, les quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont échoué à se mettre d'accord sur une condamnation de Damas. La France a regretté l'absence de consensus après le blocage de la Russie et la Chine, qui ont mis en garde contre une «ingérence extérieure» pouvant causer «une guerre civile». Paris a toutefois espéré une déclaration «prochainement» du Conseil de sécurité.

Les Européens envisagent une série de sanctions contre Damas, allant du gel des aides à la coopération à des gels d'avoirs de responsables et à un embargo sur les armes, ont indiqué à l'AFP des sources diplomatiques en faisant référence à un document dont doivent discuter vendredi les ambassadeurs des 27 Etats de l'UE.

Condamnations internationales

La Turquie, acteur régional influent, a décidé de son côté l'envoi d'un émissaire pour inciter le régime à mettre en oeuvre des réformes, tandis que le chef de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), Ekmeleddin Ihsanoglu, déplorait «le grand nombre» de victimes et appelait à la retenue.

Trois influents sénateurs américains ont par ailleurs demandé au président Barack Obama de déclarer que son homologue syrien n'avait plus aucune légitimité et devait démissionner. Londres a décidé à sa manière de punir Damas en retirant l'invitation de l'ambassadeur de Syrie au mariage du prince William et de Kate Middleton.