Libye: le port de Misrata sécurisé, l'Otan sera représentée à Benghazi

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Le port libyen de Misrata était sécurisé par les rebelles mercredi au lendemain d'un bombardement des forces du régime, alors que l'Otan s'apprêtait à installer un représentant à Benghazi, fief des insurgés, pour nouer des contacts politiques avec l'opposition.

Le port de Misrata était sécurisé mercredi, ont indiqué les rebelles au lendemain d'une attaque par les forces pro-Kadhafi, qui ont été repoussées à 40 km à l'est après des frappes de l'Otan et des combats au sol.

Troisième ville de Libye, Misrata est présentée par les rebelles comme une ville "clé" dans leur avancée vers Tripoli, à 200 km plus à l'ouest.

La ville reste néanmoins encerclée par l'armée, la seule voie de ravitaillement étant la mer.

Des affrontements se sont poursuivis mercredi, mais hors de la cité, à des dizaines de kilomètres à l'est, nettement plus près au sud et à l'ouest, selon des sources rebelles.

Une source médicale a fait état de "quelques blessés" mais d'"aucun mort", contrairement aux jours précédents.

Des explosions lointaines et régulières étaient audibles en début de soirée, nettement plus espacées qu'en début d'après-midi où elles étaient quasi ininterrompues, selon des journalistes de l'AFP.

Mardi, des dizaines de roquettes étaient tombées sur le port et ses environs, faisant un mort et touchant notamment un camp de tentes abritant des réfugiés africains en instance de départ, selon un bilan du Croissant Rouge.

Il reste environ entre 300 et 400 réfugiés coincés à Misrata, essentiellement des Nigériens.

Le bombardement du port a bloqué les évacuations par la mer et la situation dans la ville devient très préoccupante, a averti la commissaire européenne en charge de l'aide humanitaire, Kristalina Georgieva.

La perte du port serait un "vrai désastre" pour les civils qui se retrouveraient sans aide humanitaire, a indiqué à l'AFP le colonel Ahmed Omar Bani, porte-parole militaire du Conseil national de transition (CNT), qui regroupe les rebelles à Benghazi (Est).

Selon le Croissant rouge à Misrata, les violences dans la ville ont fait environ 1.500 morts, habitants et rebelles, depuis le soulèvement de la ville le 19 février.

L'Otan, aux commandes de l'intervention militaire internationale depuis le 31 mars, a indiqué mercredi "avoir empêché une attaque contre Misrata" la nuit dernière.

L'organisation a détecté "un important mouvement de véhicules" se dirigeant vers des positions qui pourraient menacer le port de Misrata et des civils, a indiqué la vice porte-parole de l'Alliance Carmen Romero. L'aviation alliée a "frappé plusieurs véhicules", détruisant notamment un lance-missile terre-air et six véhicules militaires, selon elle.

Les combats entre rebelles et pro-Kadhafi se cristallisent depuis plusieurs semaines autour de Misrata et de la région d'Al-Jabal Al-Gharbi, une zone montagneuse dans l'ouest du pays.

Dans cette région, de nombreuses familles fuyaient mercredi Zenten en direction de la frontière tunisienne, a indiqué un témoin.

Les forces du colonel Mouammar Kadhafi ont intensément bombardé la ville, faisant trois blessés et endommageant l'hôpital.

Des tirs intenses d'artillerie et de mortiers ont par ailleurs été entendus vers 14H00 (13H00 GMT) autour du poste-frontière libyen de Dehiba, à quelques km de la frontière avec la Tunisie, ont indiqué à l'AFP des témoins. Environ 500 voitures patientaient côté libyen pour passer en Tunisie.

Ce poste-frontière avait été pris la semaine dernière par les rebelles. Des "concentrations" de forces loyalistes y étaient signalées mercredi, laissant penser qu'une contre-offensive se prépare, selon une source militaire occidentale.

Sur le plan politique, les pays membres de l'Otan se sont mis d'accord pour installer un représentant de l'alliance à Benghazi afin de nouer des contacts avec l'opposition libyenne, selon un responsable de l'Otan.

Par ailleurs, des experts de la commission d'enquête indépendante de l'ONU sur les allégations d'atteintes aux droits de l'Homme en Libye sont arrivés mercredi dans le pays, selon l'agence officielle libyenne Jana.

Sur le plan financier, le président américain Barack Obama a ordonné formellement le déblocage d'une aide non militaire urgente de 25 millions de dollars destinée aux rebelles.

Et une réunion technique du groupe de contact sur la Libye, consacrée à l'aide financière au CNT, s'est tenue mercredi à Doha, selon le ministère français des Affaires étrangères.

L'Union africaine a appelé à cesser toute opération militaire visant de hauts responsables libyens après une frappe aérienne de l'Alliance qui a détruit dimanche le bureau de Kadhafi à Tripoli. Le Brésil a critiqué cette frappe, la qualifiant de "détournement (de la résolution du Conseil de sécurité, NDLR) pour une tentative de changement de régime".