Otages français au Niger: La vidéo diffusée par Al-Qaida est «une preuve de vie»

INTERVIEW Mathieu Guidère, professeur d'islamologie à l'université de Toulouse-II, décrypte pour 20 Minutes le contenu de la vidéo diffusée par Aqmi...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Capture d'écran de la vidéo adressée par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) au gouvernement français, datant d'avril 2011.
Capture d'écran de la vidéo adressée par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) au gouvernement français, datant d'avril 2011. — 20minutes.fr

«Nous vous supplions (…) Nicolas Sarkozy de répondre favorablement à la demande d'Al-Qaida». Tel est le message délivré par les quatre otages français enlevés en septembre dernier au Niger dans une vidéo repérée ce mercredi par le centre américain de surveillance des sites islamistes (Site). Pour Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université de Toulouse-II et auteur de «Les Nouveaux terroristes» (Autrement, 2010), ce message prouve que, sur le terrain, les négociations avancent.

Que représente cette vidéo diffusée par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi)?
Ce type de vidéos intervient dans le cadre des négociations. Elle n’est pas accompagnée de menace d’exécution ou d’attentat. Il s’agit ainsi strictement d’une vidéo de preuve de vie, pour être sûr qu’on ne négocie pas pour la libération de personnes qui ne sont plus en vie.

Que peut-on dire des avancées réalisées ces derniers mois [libération de trois otages, demande de rançon refusée par la France]?
Les intermédiaires sont restés actifs. Depuis deux mois et la libération des trois premiers otages, les médiateurs essayent de faire avancer la cause des autres. Cette vidéo prouve que nous sommes dans une phase suffisamment avancée pour que les ravisseurs donnent des preuves de vie. Quant à la rançon, si elle doit être donnée, c’est rarement par les gouvernements car c’est très compliqué pour eux d’agir, ils n’ont pas d’argent consacré à cela. Dans d’autres pays, tels que l’Espagne, c’est l’employeur ou l’organisation de rattachement des otages qui s’en charge.

Les revendications de départ d’Aqmi , le départ d’Areva du Niger, l’abrogation de la loi sur le voile intégral, et le retrait des troupes françaises d’Afghanistan, semblent avoir été réduites. Pourquoi?
Cette réduction des demandes reflète le réalisme de l’organisation terroriste aujourd’hui. Ils savent que l’on ne change pas les lois de la République comme cela, alors ils reprennent la revendication phare d’Al-Qaida sur le retrait des troupes étrangères d’Afghanistan. Communication et pragmatisme sont les deux aspects que l’on retrouve dans ce message vidéo.

La position intransigeante de la France rend-elle les négociations plus longues?
Tout dépend des conditions et des détails de la libération. Mais la France n’a pas changé. Elle ne se laisse pas guider sa politique par des groupes de ravisseurs et ne versera pas d’argent.

La libération de prochains otages se fera-t-elle à nouveau au compte-gouttes?
Non, ce serait trop dangereux, les quatre derniers otages sont considérés comme un tout et seront libérés ensemble. Ils sont très importants pour Aqmi qui les détient et veille sur eux depuis septembre. Ils leur donnent une visibilité. Les trois premiers otages (une Française, un Togolais et un Malgache) ont été libérés parce qu’ils ne représentaient pas un grand intérêt.