Printemps arabe et africain: Quels sont les pays concernés et quelles sont les causes des soulèvements populaires? (2/2)

MONDE Au même titre que la Tunisie, l'Égypte, la Libye et la Côte d'Ivoire, d'autres peuples, en Afrique et au Moyen-Orient, se soulèvent depuis le début de l'année 2011 pour renverser les régimes en place...

Bérénice Dubuc

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Des partisans du président yéménite Ali Abdullah Saleh se tiennent sur des colonnes pendant une manifestation à Sanaa, Yémen, le 1er avril 2011.
Des partisans du président yéménite Ali Abdullah Saleh se tiennent sur des colonnes pendant une manifestation à Sanaa, Yémen, le 1er avril 2011. — K. ABDULLAH / REUTERS

«20Minutes» fait le tour de ces États en pleine révolution. Deuxième partie: ceux dont la situation est toujours confuse.

Bahreïn: La population à majorité chiite contre la famille royale sunnite

Les premières manifestations anti-gouvernementales ont lieu le 14 février dernier dans ce pays du Golfe arabo-persique peuplé majoritairement de chiites, qui se plaignent de longue date de discrimination de la part de la famille régnante sunnite. Les «jours de colère» se succèdent pendant de nombreuses semaines pour exiger des changements dans le royaume: abrogation de la Constitution, élection directe du Premier ministre, libération des prisonniers politiques et enquête sur des allégations de torture. Un millier de manifestants campe sur la place de la Perle, à Manama, la capitale.

En mars, malgré le remaniement ministériel effectué fin février par le roi Hamad ibn Issa al Khalifa pour tenter d’apaiser la situation, des milliers de Bahreïniens continuent de manifester. Le gouvernement fait donc appel à la force commune des pays du Golfe et aux forces saoudiennes pour restaurer l'ordre. Le 16 mars, les forces de l'ordre bahreïnien mettent fin, dans le sang, au soulèvement et dispersent les protestants qui campaient dans le centre de Manama. L’armée décrète la loi martiale, impose un couvre-feu et interdit les rassemblements publics.

Les négociations entre gouvernement et opposition sont depuis lors dans l’impasse, le parti chiite Wefaq et ses six alliés refusant tout dialogue avec les autorités tant qu'elles n'auront pas rappelé les forces de l'ordre et relâché les manifestants arrêtés. Lundi dernier, loin d’apaiser les tensions, le Premier ministre, Khalifa ibn Salmane al Khalifa, a assimilé les manifestations à une tentative de coup d'Etat, indiquant: «Aucun auteur ne s'en tirera comme cela. Tous les conspirateurs devront rendre des comptes.» La répression a fait une trentaine de morts depuis le début des troubles.

Yémen: Le pays divisé entre pro et anti-Saleh

Depuis la fin du mois de janvier, la population de ce pays pauvre et instable manifeste contre le régime du président Ali Abdallah Saleh, en place depuis 32 ans. Mais ce dernier, 69 ans, refuse de quitter immédiatement le pouvoir. Il se dit prêt à le faire à la fin de l'année, après des élections générales. Dans les rues, les manifestants anti-gouvernement font face à un nombre équivalent de partisans du chef de l'Etat, prenant part à des contre-manifestations.

À la mi-mars, des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre font plus de 41 morts, et le président Saleh décrète l'état d'urgence. Le même mois, le général Ali Mohsen, chef de la 1re division blindée de l’armée yéménite et ancien proche du président, est passé du côté des opposants. Depuis lors, les factions rivales de l'armée s’affrontent dans tout le pays: dans la capitale, Sanaa, mais aussi dans les villes d’Aden, de Yafié, de Taïz, ou d’Ibb, ou encore dans la province méridionale de Lahedj.

Le 18 mars, le président yéménite perd le soutien des États-Unis et de l’Arabie Saoudite après une flambée de violence qui a vu la mort de 52 manifestants. Depuis le début du mois d’avril, les pays occidentaux et les alliés arabes du Yémen dans le Golfe œuvrent à une résolution visant à un transfert pacifique du pouvoir de Saleh, qui s'accroche alors qu'il semble de plus en plus isolé. Saleh, qui a déjà perdu le contrôle effectif de plusieurs provinces, exige de pouvoir fixer lui-même les conditions de sa succession.

Cependant, le plan de sortie de crise présenté par les médiateurs ne convient pas à l’opposition, qui a décidé de rompre les négociations. La répression a fait plus de 125 morts depuis le début des manifestations, et le bilan risque encore de s’alourdir, puisque, mardi encore, cinq personnes ont été tuées par balles lors de la dispersion à Sanaa d'une marche réclamant le départ du président Saleh.

Syrie: Une contestation du régime et de l'état d'urgence

Le pays est en proie à un mouvement de contestation du régime depuis le 15 mars dernier. Depuis plus d’un mois, d'importantes manifestations ont lieu à Damas, Deir ez Zor dans le nord-est, Baniyas dans l’ouest, ou encore Deraa, dans le sud, foyer de la contestation. Les manifestants réclament notamment la levée de l'état d'urgence, en vigueur depuis l'arrivée au pouvoir du parti Baas en mars 1963, et la libération des prisonniers politiques.

Après avoir accusé «des gangs armés criminels» d'être à l'origine de la contestation, une «rébellion armée de groupes salafistes», le président Bachar el-Assad avait finalement fait un geste fin mars en direction des manifestants, en annonçant la création d'une commission chargée d'examiner l'abrogation de l’état d’urgence. Et, ce mercredi, il devrait promulguer cette abrogation. Mardi, le gouvernement avait également annoncé l'abolition de la Haute sécurité de l'Etat, une juridiction d'exception, et la réglementation sur le droit de manifester. Selon Amnesty International, quelque 220 personnes ont été tuées depuis la mi-mars en Syrie.