Libye: les rebelles demandent des troupes au sol, le régime "très optimiste"

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Les rebelles qui contrôlent la ville libyenne assiégée de Misrata ont demandé pour la première fois l'intervention de troupes occidentales au sol pour les secourir, au moment où Seif al-Islam, fils de Mouammar Kadhafi, s'est dit assuré de la victoire du régime.

Nouri Abdallah Abdoullati, l'un des chefs insurgés dans cette ville à 200 km à l'est de Tripoli, a indiqué mardi soir à la presse que les rebelles demandaient l'envoi de soldats français et britanniques sur la base de principes "humanitaires".

"Auparavant, nous demandions qu'il n'y ait aucune interférence étrangère, mais c'était avant que Kadhafi utilise des roquettes Grad et des avions". "Désormais, il s'agit d'une situation de vie ou de mort", a-t-il déclaré.

La ville assiégée a encore été le théâtre d'intenses combats dans la nuit de mardi à mercredi, après un contre-attaque dans la journée des loyalistes, qui ont pris des ambulances pour cible, selon un photographe de l'AFP.

La ville a été pilonnée par les forces kadhafistes et des combats à la périphérie sud-est de la ville ont fait un mort chez les insurgés, selon un rebelle qui a évoqué un possible bilan d'une centaine de morts dans les rangs des pro-Kadhafi.

"Kadhafi a envoyé des soldats dans une trentaine de voitures civiles dans le sud-est. Il y a eu des combats très durs. Cent soldats de Kadhafi, peut-être, sont morts", a déclaré cette source, Amin Mashahaat, affirmant que les insurgés avaient eu de la "chance" et pu prendre les troupes régulières par surprise.

Seif al-Islam, fils de Mouammar Kadhafi, s'est dit mardi soir "très optimiste" et sûr que le régime allait l'emporter. "Nous allons vaincre", a-t-il déclaré lors d'une émission télévisée sur sa chaîne Allibya, assurant que "la situation évolue chaque jour en (notre) faveur".

Un mois après le début de l'intervention de la coalition internationale, le 19 mars, le conflit semble s'enliser.

A Misrata, des avions de l'Otan ont à nouveau survolé mercredi matin la ville mais l'Alliance a affirmé être limitée par l'utilisation de boucliers humains par les forces pro-Kadhafi.

Le Premier ministre français François Fillon a évoqué "la violence des bombardements auxquels sont soumis plusieurs villes de Libye du fait de forces loyales à M. Kadhafi". "Nous allons donc intensifier notre effort militaire à partir de nos forces aériennes pour empêcher les forces de M. Kadhafi de poursuivre leur entreprise contre les populations civiles", a-t-il dit mardi.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, s'est déclaré "tout à fait hostile" à l'éventualité d'une intervention au sol et François Fillon a insisté sur la nécessité de "trouver une solution politique" au conflit.

"Il faudra trouver une solution politique, c'est-à-dire les conditions d'un dialogue pour que la crise libyenne se résolve", a-t-il déclaré à Kiev.

De son côté, Londres a promis l'envoi de conseillers militaires auprès du Conseil national de transition (CNT), l'organe officiel de la rébellion, pour l'aider à améliorer son organisation militaire et sa logistique.

Le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdelati Laabidi, a aussitôt affirmé sur la BBC qu'une telle initiative "prolongerait" le conflit.

"Nous estimons que toute présence militaire représente un pas en arrière et sommes sûrs que si les bombardements (de la coalition) s'arrêtaient, avec un vrai cessez-le-feu, nous pourrions avoir un dialogue de tous les Libyens sur ce qu'ils veulent: démocratie, réformes politiques, Constitution, élections", a-t-il dit.

Depuis la mi-février, le conflit a fait quelque 10.000 morts et 55.000 blessés, a indiqué le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini, citant le CNT.

Les Etats-Unis ont annoncé avoir conduit plus de 800 sorties aériennes depuis la prise en main des opérations par l'Otan le 31 mars.

Le vice-président américain Joe Biden a toutefois estimé que l'Otan pouvait se passer des Etats-Unis en Libye. Washington est, selon lui, plus utile sur d'autres théâtres d'opération comme le Pakistan ou l'Egypte.

Parallèlement, l'aide humanitaire internationale continuait de s'intensifier dans le pays.

Le Programme alimentaire de l'ONU (PAM) a commencé à acheminer par voie terrestre, via la Tunisie, de la nourriture pour 50.000 personnes dans l'extrême ouest du pays, où les combats se sont intensifiés.

A Misrata, où 4.000 migrants sont toujours bloqués dans des conditions désastreuses, un bateau humanitaire de la Croix Rouge a accosté mercredi, selon un journaliste de l'AFP, alors que l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a annoncé une troisième opération d'évacuation de migrants.