Antoine Basbous: «La colère est aujourd'hui contenue en Algérie»

INTERVIEW C'est ce qu'affirme ce politologue, directeur de l'Observatoire des pays arabes...

B.D et A.-L.B

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La campagne électorale pour l'élection présidentielle du 9 avril en Algérie s'est ouverte jeudi, et son principal enjeu sera de convaincre les électeurs d'aller voter en masse, pour asseoir la légitimité du chef de l'Etat sortant Abdelaziz Bouteflika, certain d'être réélu.
La campagne électorale pour l'élection présidentielle du 9 avril en Algérie s'est ouverte jeudi, et son principal enjeu sera de convaincre les électeurs d'aller voter en masse, pour asseoir la légitimité du chef de l'Etat sortant Abdelaziz Bouteflika, certain d'être réélu. — Str AFP/Archives

Au lendemain des émeutes de janvier et alors que les manifestations sont désormais quasi-quotidiennes en Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika a prononcé vendredi dernier un discours à la Nation, le premier depuis le début des «révolutions arabes» qui secouent la région. Le chef de l’Etat algérien a promis «un programme de réformes politiques visant à approfondir le processus démocratique», dont une révision de la Constitution, une modification de la loi sur les partis politiques, de la loi électorale et du code de l'information.

Des annonces de réformes trop tardives, si l’on en croit les unes des journaux indépendants de samedi. El Watan titrait ainsi «Loin des attentes des Algériens»,  tandis que Le Soir estimait: «Bouteflika déçoit».  Tout au long des vingt minutes qu’a duré le discours, Abdelaziz Bouteflika, 74 ans et dont l’état de santé est toujours sujet à spéculations, a semblé diminué: voix faible, parfois inaudible, gestes lents et yeux rivés sur son texte.

Explication avec Antoine Basbous, politologue, spécialiste du monde arabe, directeur de l'Observatoire des pays arabes.

Bouteflika est apparu diminué lors de son discours, peut-il tenir encore trois ans?

Nul ne le sait. Tout dépend de son état. Le président algérien est rarement vu à la présidence. Il réside dans le "pavillon de chasse" de Zéralda à l’ouest d’Alger. Abdelaziz Bouteflika  est un homme malade qui limite ses sorties. Il peut rester assez longtemps comme un légume, mais il n’a plus l'énergie nécessaire pour exercer le pouvoir au quotidien.

Qui peut le remplacer?

Tout dépend de la façon dont il quittera son poste et si la révolte est passée ou pas. Dans le premier cas, le régime sera obligé de tenir compte du vote du peuple. Le temps où on nommait le président serait alors révolu.

Les annonces d'Abdelaziz Bouteflika vont-elles apaiser la colère du peuple algérien?

Les Algériens ne sont pas dupes. Beaucoup de promesses énoncées par le régime sont restées sans suites. La stratégie du régime est de gagner de temps, de s’organiser pour que rien ne change.

Jusqu’à quel point les militaires resteront-ils patients?

Les militaires sont très associés au régime. Les généraux qui comptent ont le même âge que le Président. Le changement en Algérie passera par un changement de génération, tant dans la vie politique que dans l’armée. Aujourd’hui, la colère est contenue en Algérie, alors que trois pays du Maghreb – la Tunisie, l’Egypte, la Libye- ont connu des révolutions. Quant au Maroc, il a annoncé très rapidement des réformes, qui pourraient se matérialiser très vite. L’Algérie a les moyens financiers pour le changement, mais elle est aujourd’hui très molle dans ce changement. Le pouvoir distribue des «cadeaux» sectoriels, mais ce que veut le peuple, c’est plus de liberté.

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