Islande: désavoué par l'éléctorat, le gouvernement planche sur l'avenir

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Le gouvernement islandais, qui a essuyé un rude échec samedi avec le rejet de son plan d'indemnisation Icesave, a reçu lundi le soutien du FMI et de l'UE, estimant que le résultat du référendum ne changerait rien à leurs engagements.

Dans la soirée, le ministre des Finances Steingrimur Sigfusson a déclaré que la coalition entre écologistes et sociaux-démocrates au pouvoir à Reykjavik était "assez forte" pour continuer à gouverner, en référence à l'opposition conservatrice qui demande l'organisation d'élections anticipées.

Le référendum organisé samedi concernait "seulement l'accord Icesave" et "rien d'autre", a souligné M. Sigfusson.

Cet accord structurait le remboursement par l'Islande d'une dette de 3,9 milliards d'euros au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, ces deux pays ayant dû indemniser quelque 340.000 épargnants britanniques et néerlandais victimes de la faillite en 2008 d'Icesave, une banque en ligne islandaise.

Reykjavik a reconnu qu'après la victoire du non au référendum, c'en était fini des négociations avec Londres et La Haye, le règlement du contentieux étant désormais entre les mains de l'Autorité de surveillance de l'Association européenne de libre-échange (AELE).

Le gouvernement "soumettra ses remarques" à cette instance européenne qui pourrait ensuite "porter l'affaire devant la cour de l'AELE", selon un communiqué publié dimanche.

A Bruxelles, la Commission européenne a assuré lundi que l'issue du référendum n'avait "pas d'impact sur les négociations d'adhésion" de l'Islande à l'UE lancées en juillet dernier. Près des deux tiers des Islandais sont favorables à la poursuite de ces négociations, selon un sondage publié en janvier.

La Commission a cependant promis de continuer à "suivre de près" l'évolution de l'affaire Icesave, et notamment "les engagements de l'Islande à respecter pleinement ses obligations découlant de son statut de membre de l'Espace économique européen (EEE)".

Pour le représentant du FMI à Reykjavik, Franek Rozwadowski, "à ce stade, il semble improbable que le résultat du référendum menace la stabilité économique et financière de l'Islande".

Dans une interview diffusée lundi par la radio nationale, M. Rozwadowski a affirmé que l'affaire Icesave n'avait jamais été un élément de l'accord passé entre l'Islande et le FMI.

Cherchant aussi à calmer le jeu, le gouvernement a assuré qu'il "continuera de tenir ses engagements dans le programme économique appuyé par le FMI". Il précise toutefois que la prochaine révision de ce programme par le comité exécutif du FMI prévu le 27 avril "sera retardée de quelques semaines", jusqu'à "début mai au plus tard".

Mais pour l'économiste Tryggvi Thor Herbertsson, ces assurances sont fragiles et peuvent être bousculées par les appréciations des agences de notation.

"Si la note de l'Islande est abaissée, cela aura de sérieux effets sur l'économie pendant un certain temps", a-t-il dit à l'AFP, ajoutant que "le coût des financements augmentera et les investissements diminueront".

Au risque économique s'ajoute un risque politique auquel Johanna Sigurdardottir, chef du gouvernement de coalition de centre gauche, a fait allusion dans une interview au quotidien Frettabladid.

Mme Sigurdardottir, qui jugeait "capital" un oui à l'accord Icesave, envisage de "reconsidérer" sa coalition si sa majorité au parlement est fragilisée par les effets du non.

Elle explique qu'"il est important que le gouvernement soit soutenu par une majorité solide au parlement" au moment où, dit-elle, "des travaux considérables doivent être réalisés dans un avenir proche".

Pour le leader de l'opposition conservatrice Barni Benediktsson, dirigeant du Parti independant, "le gouvernement a reçu une gifle" et des élections doivent être convoquées avant la fin de la legislature en 2013.