Côte d'Ivoire: Laurent Gbagbo, retour sur l'itinéraire d'un président contesté

PORTRAIT L'ancien professeur d'histoire, formé sur les bancs de la Sorbonne, était à la tête de l'Etat ivoirien depuis 2000...

C.C. avec Reuters

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Laurent Gbagbo, le 4 février 2011, à Abidjan (Côte d'Ivoire).
Laurent Gbagbo, le 4 février 2011, à Abidjan (Côte d'Ivoire). — T.GOUEGNON / REUTERS

Le règne de Laurent Gbagbo, qui a été arrêté ce lundi à Abidjan, prend fin après onze années mouvementées à la tête de la Côte d'Ivoire. Le président sortant a bâti son pouvoir sur la carte d'un nationalisme exacerbé teinté, selon ses détracteurs, d'accents xénophobes.

Né en mai 1945 et issu de l'ethnie Bété, dans le centre-ouest du pays, Laurent Gbagbo s'est fait connaître par son statut d'«opposant historique» au règne de Félix Houphouët-Boigny, qui a dirigé le pays de 1960 jusqu'à sa mort, en 1993.

Détenu dans un camp militaire de mars 1971 à janvier 1973, ce radical marxiste a ensuite connu l'exil en France de 1982 à 1988. A son retour, il milite pour le multipartisme et, grâce à la pression qu'exercent ses partisans dans la rue, obtient en 1990 la première élection présidentielle pluraliste. Malgré la défaite, ses partisans notent qu'il ressort «auréolé du prestige d'avoir été le seul à affronter le président Félix Houphouët-Boigny».

«Nous devons arrêter le pouvoir militaire»

Dix ans plus tard, il est de nouveau candidat à l'élection présidentielle qui doit rétablir un régime civil en Côte d'Ivoire, qui vit depuis la fin 1999 à l'heure d'une junte militaire. Ses partisans descendent par milliers dans les rues pour contester l'annulation du scrutin par le général putschiste Robert Gueï.

Dans la confusion qui s'ensuit, Laurent Gbagbo prend la présidence et tient sa promesse: «Nous devons arrêter le pouvoir militaire», avait-il annoncé pendant la campagne. Mais le répit est de courte durée.

Le duel Chirac/Gbagbo

En septembre 2002, des soldats tentent de le renverser. Le coup d'Etat est mis en échec, mais le pays se déchire. La brève guerre civile fait place à un lent processus de paix et une crise politique qui couve pendant des années. Parallèlement, Laurent Gbagbo joue la carte du patriotisme en s'en prenant à la France, ancienne puissance coloniale.

Il accuse Jacques Chirac et son ministre des Affaires étrangères de l'époque, Dominique de Villepin, de l'avoir contraint à accepter un accord de partage du pouvoir avec les rebelles du MPCI. Plus tard, après l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, il assurera que Jacques Chirac voulait le renverser.

2004, l’année noire dans la relation franco-ivoirienne

La tension monte entre Abidjan et Paris, qui a déployé plusieurs milliers de soldats dans le cadre d'une mission de «sécurisation» des accords de janvier 2003. En novembre 2004, neuf soldats français de l'opération Licorne sont tués dans un raid de l'aviation gouvernementale contre la ville rebelle de Bouaké. Paris riposte en neutralisant l'aviation ivoirienne.

La suite met en lumière une des bases du pouvoir de Laurent Gbagbo: la rue. En quelques jours, des dizaines de milliers de «Jeunes patriotes» s'en prennent aux intérêts de la communauté française. Paris évacue 8.000 expatriés.

Fidélité à la carte patriotique et nationaliste

En campagne pour sa réélection, puis dans sa lutte pour conserver sa présidence, Laurent Gbagbo reste fidèle à la carte du patriotisme et du nationalisme, continue d'accuser la France d'avoir soutenu la rébellion en 2002-2003 et assure que ses adversaires sont à la botte de l'ancienne puissance coloniale.

L'incapacité des ex-belligérants à s'entendre sur la constitution des listes électorales, les difficultés logistiques ont différé à de multiples reprises l'élection présidentielle, dont le second tour, avec cinq ans de retard sur le calendrier institutionnel, a finalement eu lieu le 28 novembre dernier, avec les conséquences que l’on connaît.