Libye: Misrata attaquée, les rebelles s'organisent dans l'Est

SYNTHÈSE lors que la situation semble s'enliser sur le front militaire...

Reuters

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Y.BOUDLAL / REUTERS

Les forces kadhafistes ont donné l'assaut à Misrata où se déroulaient de violents combats ce vendredi dans le centre-ville, ont dit les insurgés, qui renforcent leurs défenses dans l'Est libyen. Le président du Conseil national de transition (CNT) a déclaré que la rébellion était prête à un cessez-le-feu à condition que Mouammar Kadhafi quitte la Libye et que ses forces se retirent des villes sous leur contrôle. On ignore si cette offre s'inscrit dans une campagne diplomatique plus large pour mettre fin au conflit qui semble s'enliser sur le front militaire.

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Les rebelles de Misrata disent que les forces libyennes, utilisant chars, lance-roquettes et tirs de mortiers, ont soumis à d'intenses bombardements la dernière grande ville de l'Ouest aux mains des insurgés, à 200 km à l'est de Tripoli. Les troupes loyalistes ont attaqué par l'est et par l'ouest mais également par le nord en venant de la mer. «Ils s'en prennent à tous, même aux civils», a déclaré un insurgé.

Cinq morts dont un enfant de 6 ans

L'attaque, qui aurait fait cinq morts dont un enfant de six ans selon un porte-parole des opposants, aurait été repoussée, a dit un habitant. Les rebelles affirment tenir le centre de la ville ainsi que le quartier du port. Sur le front Est, les rebelles ont acheminé du matériel lourd et d'anciens officiers s'efforcent d'organiser les forces insurgées afin de reprendre l'initiative face aux loyalistes. Dans leur ligne de mire, le contrôle du port pétrolier de Brega, pris alternativement par l'un et l'autre camp ces dernières semaines et où des combats se poursuivent.

Le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, décrit les rebelles comme des terroristes au service d'Al-Qaida ou des agents de l'Occident. Il accuse la coalition internationale d'avoir tué un grand nombre de civils dans les raids aériens engagés depuis le 19 mars au nom de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'Onu, qui autorise le recours à la force pour protéger les populations civiles. Un médecin libyen cité par la BBC a déclaré que sept civils, des adolescents pour la plupart, avaient péri dans un raid mené mercredi à Brega.

Le médecin dit avoir été appelé d'urgence dans un village situé à 15 km du port pétrolier après une frappe visant un convoi pro-Kadhafi. Une remorque chargée de munitions a explosé entre deux maisons, a-t-il expliqué, tuant des jeunes gens et femmes âgés de 12 à 20 ans, information qui n'a pu être confirmée. Malgré les frappes aériennes menées par les Occidentaux, les insurgés dans l'Est n'ont pas réussi à garder le contrôle de leurs gains territoriaux.

Manque de discipline et de coordination

Les dirigeants de l'insurrection saluent l'enthousiasme des jeunes, ces «chebab» qui foncent vers le front à bord de pick-ups, mais le manque de discipline et de coordination pèse. La situation semble pourtant évoluer. Des officiers libyens ayant fait défection organisent les troupes rebelles, des armes lourdes sont acheminées vers le front et un point de contrôle interdit le passage aux jeunes dépourvus d'armes.

Cette nouvelle approche doit encore prouver son efficacité, après la déroute subie cette semaine par les rebelles. Alors que les raids occidentaux n'ont pas suffi à mettre fin aux combats ni déclenché l'effondrement du régime de Kadhafi, on parle de plus en plus de contacts secrets entre Tripoli et les capitales occidentales.

Création d'un «quasi-ministère du Pétrole»

De source gouvernementale britannique, on indique que Mohamed Ismail, conseiller de Saif al Islam Kadhafi, le fils aîné du dirigeant libyen, a rendu visite à des proches à Londres et que la Grande-Bretagne «a saisi l'occasion pour lui adresser des messages très fermes à propos du régime de Kadhafi». A Benghazi, fief de l'insurrection dans l'Est, Moustafa Abdeldjeïl, chef du CNT, a de nouveau réclamé des livraisons d'armes pour les insurgés.

Dans le cadre d'un accord portant sur la commercialisation par le Qatar du pétrole de l'Est libyen, le pays du Golfe ravitaillera la rébellion les insurgés en carburant et vivres, a déclaré un porte-parole de la rébellion. Le Qatar est le seul pays, avec la France, à avoir reconnu le CNT. Les rebelles ont annoncé la création d'un «quasi-ministère du Pétrole» pour lequel des employés travaillent déjà. Pour la première fois depuis son intervention, la coalition internationale a limité ses interventions aériennes en raison de tempêtes de sable qui rendent difficiles l'identification de cibles et accroissent le risques de toucher des populations civiles, a indiqué un responsable de l'Otan.