Syrie: Les opposants décidés à manifester après la prière du vendredi

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Les opposants ont appelé à des manifestations dans toute la Syrie après les prières de ce vendredi, déçus par les mesures annoncées par le président Bachar al-Assad pour tenter de calmer le mouvement de protestation sans précédent depuis deux semaines.

Les opposants veulent obtenir satisfaction

«La principale cause des manifestations d'aujourd'hui est le discours du chef de l'Etat, qui a douché tous nos espoirs et nos attentes», a affirmé un activiste qui a tenu à garder l'anonymat.

Dans un message vidéo posté sur internet, le défenseur syrien des droits de l'Homme Haytham Maleh appelle pour sa part «les Syriens à continuer à mettre la pression sur le pouvoir pour obtenir satisfaction de leurs revendications indispensables».

«Si le pouvoir n’accède pas à ces demandes, il devra assumer l’entière responsabilité pour les conséquences qu’aura le mouvement populaire», prévient-il.

Le président parle de«conspiration»

Mercredi, dans son premier discours depuis le début de la contestation, le chef de l'Etat a affirmé que son pays était confronté à une «conspiration» et n'a pas proclamé la fin de l'état d'urgence en vigueur depuis 1963 que lui seul peut abolir.

Le lendemain, Bachar al-Assad a annoncé la création d'une commission de juristes qui doit rédiger d'ici le 25 avril une nouvelle législation qui remplacera la loi d'urgence et une autre commission sur les morts à Deraa et Lattaquié.

Braver l'état d'urgence

Le parti Baas avait décrété l'état d'urgence dès son arrivée au pouvoir en mars 1963 en s'appuyant sur cette loi d'urgence adoptée fin 1962.

Elle réduit sensiblement les libertés publiques et permet l'arrestation de «suspects ou de personnes menaçant la sécurité». Elle autorise aussi la surveillance des communications et le contrôle préalable des médias.

C'est d'ailleurs en bravant cette loi et en dépit d'une forte présence des services de sécurité qu'il y a eu des manifestations limitées dans plusieurs villes. Après le «vendredi de la colère», puis le «vendredi de la dignité», les protestataires ont appelé sur Facebook à participer cette semaine au «vendredi des martyrs». Il y a eu à Deraa, épicentre de la contestation contre le régime depuis le 18 mars, au moins 30 morts selon les autorités, 55 selon Amnesty International, plus de 70 selon Human Rights Watch et 130 selon les militants sur place.

Des manifestations qui se terminent dans le sang

Les affrontements avaient commencé après l'arrestation de 15 élèves soupçonnés d'avoir écrit sur les murs de la ville des slogans contre le régime. Une manifestation pour obtenir leur libération s'était terminée dans le sang.

Par ailleurs, le week-end dernier à Lattaquié, dans le nord-ouest du pays, 13 civils et militaires ainsi que deux insurgés avaient été tués, 185 personnes blessées, quand des hommes armés, dont on ignore l'origine, ont tiré de manière indiscriminée ou ont agressé à l'arme blanche des habitants.

Mercredi, il y a eu de nouvelles victimes dans cette ville portuaire, selon une organisation syrienne des droits de l'Homme basée à Londres et un militant de Lattaquié. Selon le Comité syrien de droits de l'Homme (CSDH), proche des Frères musulmans, les forces de sécurité ont tué 25 «citoyens pacifiques» et selon un militant politique de la ville, le nombre de morts seraient quatre ou cinq. Selon lui, mécontents du discours présidentiel, «ils étaient descendus en grand nombre et on leur a tiré dessus».

Le gouvernment a présenté sa démission

Les autorités syriennes ont accusé les intégristes musulmans d'inciter à la violence des manifestations pacifiques avec pour objectif de susciter des «dissensions confessionnelles».

Le gouvernement dirigé par Mohammad Naji Otri, en place depuis 2003, n'a pas survécu à cette contestation et a présenté mardi sa démission.