Libye: Un patrimoine culturel pas menacé

CONFLIT Les combats en Libye ne constituent pas une menace pour les richesses archéologiques du pays, selon Vincent Michel, directeur de la mission archéologique française en Libye...

Anne-Laëtitia Béraud

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Les ruines de la basilique sévérienne à Leptis Magna, site archéologique proche de la capitale libyenne Tripoli, le 31 décembre 2010.
Les ruines de la basilique sévérienne à Leptis Magna, site archéologique proche de la capitale libyenne Tripoli, le 31 décembre 2010. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Les richesses culturelles de la Libye sont-elles en danger à cause des combats entre partisans de Kadhafi et insurgés? «Non», répond Vincent Michel, directeur de la mission archéologique française en Libye. Contrairement à ce qui a pu se passer en Egypte lors de la révolution - où des pillards ont pénétré dans le principal musée du Caire, détruisant plusieurs statues -, ou encore en Irak en 2003, avec des razzias sur les objets culturels et le pillage du musée de Bagdad, la situation en Libye est beaucoup moins critique sur ce plan.

Les hostilités à l’arme lourde ne représenteraient pas une menace immédiate. Selon l’archéologue, «il n’y a pas eu de dommages sur les principaux sites archéologiques de Libye, en Tripolitaine ou en Cyrénaïque. Ils ne sont pas devenus des champs de batailles». Concernant les musées, «rien n’a changé, si ce n’est que les pièces les plus importantes ont été entreposées en lieux sûrs». Vincent Michel, qui fouille en Libye depuis dix ans, ne s’estime «pas préoccupé car dès le début des affrontements, le personnel comme les habitants se sont organisés pour protéger les antiquités archéologiques, comme à Cyrène ou à Apollonia». 

«Des fouilles clandestines très rares»

Protéger les richesses libyennes, une évidence: Le pays est en effet une mine d’or pour les sites archéologiques. Occupée par la plupart des civilisations ayant successivement régné sur la Méditerranée, le pays abrite quatre sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco: l’ancienne ville de Ghadamès, et les sites de Cyrène, Sabrata et Tadrart Acacus, ou encore les ruines de Leptis Magna, une ancienne station balnéaire de l'Empire romain à l'est de Tripoli. 

Et le risque de pillages? Pour Vincent Michel, le risque est très faible, qui souligne qu’«en période de paix ou de guerre comme maintenant, les fouilles clandestines sont encore très rares». «La situation en Libye n’est pas comparable avec les pays voisins;  d’une part, ils sont très respectueux de leur patrimoine, d’autre part, il n’y aurait aucun débouché pour écouler des oeuvres volées. Le régime de Khadafi a toujours refusé le tourisme de masse, limitant ainsi le nombre de visiteurs et d’acheteurs potentiels». Peu connue, encore peu fouillée, et surtout peu courtisée par le tourisme, les richesses culturelles libyennes sont donc aujourd’hui relativement protégées.