Jimmy Carter à Cuba: difficile décrispation des relations Etats-Unis/Cuba

© 2011 AFP

— 

L'ex-président américain Jimmy Carter a achevé mercredi une visite "privée" de trois jours à La Havane destinée à réchauffer des relations tendues entre les Etats-Unis et Cuba après la récente condamnation à 15 ans de prison d'un Américain qu'il a pu voir en prison.

Contrairement aux espoirs suscités à Washington et dans certains milieux diplomatiques par la venue de Jimmy Carter, la détente n'est pas allée jusqu'à l'annonce d'une libération d'Alan Gross, un sous-traitant du Département d'Etat américain condamné pour atteinte à la sécurité de l'Etat cubain.

"J'ai pu rencontrer Alan Gross (mercredi dans sa cellule à La Havane, ndlr), un homme qui, à mon avis, est innocent. Je crois qu'il doit être libéré parce qu'il est innocent de tout crime grave", a affirmé l'ancien président démocrate au cours d'une conférence de presse concluant sa visite.

Dès mardi, Jimmy Carter avait refroidi les espoirs soulevés par sa visite à La Havane -sa seconde depuis 2002- en affirmant qu'il n'était pas venu pour ramener Alan Gross, 61 ans, aux Etats-Unis.

"Nous avons parlé avec certains responsables du dossier d'Alan Gross. Je ne suis pas ici pour le sortir du pays. Je suis ici pour rencontrer les Cubains, ceux du gouvernement comme les citoyens de base", avait-il alors souligné.

De fait, des frères Raul et Fidel Castro aux bloggeurs dissidents dénoncés comme des "mercenaires" par les autorités, Jimmy Carter a rencontré un vaste éventail de Cubains de tous bords.

Ses premiers contacts sont allés vers des représentants des communautés religieuses, juives et catholiques.

Selon Washington, Alan Gross a été condamné alors qu'il remettait du matériel de communication à des représentants de la communauté juive cubaine, forte d'à peine quelques milliers de personnes.

Pour sa part, le cardinal Jaime Ortega qui a reçu Jimmy Carter est l'interlocuteur privilégié des autorités cubaines pour les détenus politiques. L'Eglise a ainsi obtenu la libération des 52 prisonniers encore sous les barreaux d'un groupe de 75 opposants condamnés au printemps 2003.

Après avoir visité mardi, dans la vieille ville de La Havane, un ancien couvent transformé en maison de retraite, Jimmy Carter, 86 ans, a eu un long entretien avec le président cubain Raul Castro, frère cadet de Fidel auquel il a succédé pour des raisons de santé en 2006.

Au cours de leur entretien, Raul Castro s'est dit prêt à dialoguer avec Washington sur tous les sujets, mais "sur un pied d'égalité".

En raccompagnant son invité à l'aéroport mercredi, Raul Castro a souligné qu'il s'agissait d'une "bonne visite" et que durant son mandat (1977-1981) Jimmy Carter avait toujours agi "avec une totale honnêteté, sans aucun type d'opportunisme".

Le président américain a pu aussi rencontrer mercredi son "vieil ami" Fidel Castro tout comme un groupe d'une vingtaine d'opposants et de bloggeurs dissidents.

Les opposants -anciens détenus politiques tout récemment libérés, leurs épouses du groupe des Dames en Blanc, des dissidents de longue date tolérés par les autorités et des bloggeurs de la jeune génération- ont demandé à Jimmy Carter l'aide des Etats-Unis dans leur lutte pour plus de libertés et de droits civiques.

Les jeunes bloggeurs -emmenés par la plus célèbre d'entre eux Yoani Sanchez- ont offert à Jimmy Carter des cornets de cacahuètes, comme "symboles de la résistance citoyenne". "Cet aliment libre et populaire, à la portée de toutes les bourses, s'est érigé en emblème de la résistance citoyenne face aux prétentions totalitaires", expliquait une lettre des bloggeurs qui n'ont pas oublié de faire référence au passé de cultivateur de cacahuètes de Jimmy Carter.