Irak: la colère de Tikrit, au lendemain du carnage du conseil provincial

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Un sentiment de colère face aux carences des mesures de sécurité dominait mercredi à Tikrit, au nord de Bagdad, au lendemain de la mort de 58 personnes dans l'attaque la plus sanglante en Irak depuis août.

Le couvre-feu, décrété dès le début de l'attaque du conseil provincial mardi, était toujours en vigueur dans l'ex-fief de l'ancien président Saddam Hussein, dont les rues étaient désertes et les magasins fermés.

Mardi, un commando armé a tenu tête pendant plus de cinq heures aux forces de sécurité irakiennes en se retranchant dans ce bâtiment officiel.

"Le Premier ministre Nouri al-Maliki a récemment déclaré que l'Irak était devenu le pays le plus stable et le plus sûr de la région. Mais où est la sécurité?", a demandé Mahmoud al-Bazi, un enseignant de 35 ans.

"Cette attaque, qui a privé la province de son élite, est arrivée par la faute des services de sécurité et du gouvernement central", a-t-il accusé.

Si les violences ont nettement diminué en Irak ces dernières années, ce carnage illustre de nouveau la capacité de certains groupes armés à mener des attaques d'envergure, et ce à neuf mois du retrait prévu des 50.000 militaires américains.

Profitant de la panique générée par un premier attentat suicide, les hommes armés déguisés en militaires, qui portaient selon un responsable de la police des ceintures d'explosifs, se sont engouffrés dans le bâtiment du centre de Tikrit.

"Quand ils sont entrés, ils ont jeté plusieurs grenades et commencé à tirer dans tous les sens dans le bâtiment, où se trouvaient des dizaines de personnes et d'employés", a déclaré par téléphone à l'AFP Hussein al-Chatab, membre du conseil provincial. "Beaucoup d'entre nous avons pu nous enfuir par l'arrière."

Trois membres du conseil provincial figurent au nombre des morts, parmi lesquels le président de la commission de la Santé Wathiq Chaker dont le frère Hafez exigeait mercredi la démission du gouverneur Ahmed Abdallah Abed et du chef de la police provinciale.

"Comment ce carnage a-t-il été possible dans un bâtiment qui est le symbole des autorités locales?", interrogeait ce vétérinaire de 40 ans.

Le conseil provincial a décrété un deuil de trois jours, alors que les familles des victimes enterraient leurs proches. Policiers et militaires se sont déployés en force dans Tikrit et les mesures de sécurité ont été renforcées aux entrées de cette province à majorité sunnite, située juste au nord de Bagdad.

M. Maliki a promis mercredi dans un communiqué que "les criminels qui ont organisé et exécuté ce crime n'échapperont pas à la punition".

Il a dit attendre "au plus vite" les conclusions d'une enquête lancée sur cette attaque, la plus sanglante depuis l'attentat suicide commis le 17 août contre un centre de recrutement de l'armée à Bagdad, qui avait fait 59 morts et 125 blessés.

Ce carnage n'a pas été revendiqué, mais le beaucoup l'attribuent d'ores et déjà à Al-Qaïda.

L'Etat islamique en Irak, sa branche locale, a plusieurs fois mené ces derniers mois des opérations suicide très élaborées impliquant la prise de contrôle pendant plusieurs heures d'un bâtiment à forte valeur symbolique, comme la cathédrale syriaque catholique de Bagdad attaquée le 31 octobre.

Mardi, les renforts des forces de sécurité ont été accueillis au conseil provincial par l'explosion d'une voiture piégée garée à proximité et qui a fait de nombreuses victimes.

La police irakienne a finalement donné l'assaut du bâtiment en fin d'après-midi, et aucun des six membres du commando n'a survécu.

Les forces de sécurité ont bénéficié d'une assistance de l'armée américaine pour la surveillance aérienne des lieux, a indiqué un porte-parole américain, qui a précisé que plusieurs militaires américains qui se trouvaient au sol à proximité avaient été légèrement blessés.