Cambodge: le dernier pardon de "Douch" le khmer rouge aux victimes

© 2011 AFP

— 

Les familles des victimes du bourreau Khmer rouge "Douch" et quelques rares survivants de la prison qu'il dirigeait dans les années 70 ont plaidé mercredi une dernière fois pour obtenir une véritable réparation, à son procès en appel.

Le chef de la prison de Tuol Sleng sous les Khmers rouges, au Cambodge, a demandé pardon aux victimes une dernière fois mercred, tout en affirmant n'avoir fait qu'obéir aux ordres.

Kaing Guek Eav alias Douch, ex-chef de Tuol Sleng ou S21, la prison de la capitale entre 1975 et 1979, avait été condamné à 30 ans de détention en juillet 2010 après des aveux complets et une coopération importante avec la justice.

"Je voudrais exprimer très clairement que j'ai survécu à ce régime parce que j'ai suivi les ordres strictement et respectueusement", a déclaré le bourreau pour sa dernière intervention publique avant un verdict définitif, en juin.

"Le fait est que tous les crimes commis à travers le Cambodge étaient les crimes du parti communiste du Kampuchea", a-t-il ajouté en utilisant l'appellation du pays par le régime de Pol Pot.

"Je maintiens toujours ma position de demander pardon pour l'âme des (...) victimes qui ont perdu la vie à S21 et pour les familles des victimes qui acceptent mes excuses", a-t-il ajouté.

La défense de Douch demande sa libération. Elle affirme qu'il échappe à la compétence du tribunal, arguant qu'il n'était un haut responsable ni du régime lui-même, ni des crimes perpétrés. "D'autres étaient des hauts dirigeants et étaient particulièrement responsables, pas moi"

L'accusation, de son côté, réclame la perpétuité.

Le verdict est attendu en juin.

Ces dernières déclarations sont intervenues après les plaidoiries des avocats des parties civiles, composées de rares survivants et de familles de victimes.

Les seules compensations consenties en première instance avaient été l'inscription des noms des victimes dans le jugement du tribunal international parrainé par l'ONU, et la publication des excuses de Douch, qui a reconnu avoir supervisé la torture et l'exécution de 15.000 personnes.

Même si un dédommagement financier a été écarté par la cour, les plaignants, frustrés, veulent plus. Cet appel est "la dernière occasion pour les parties civiles d'obtenir justice", a déclaré à l'AFP Brice Poirier, d'Avocats sans frontières, qui représente certaines victimes.

Les plaignants ont ainsi réclamé d'autres formes de compensation, comme un mémorial et une aide psychologique gratuite.

Au procès en première instance, en 2009, de nombreux observateurs avaient estimé que le traitement accordé aux victimes, censé servir de modèle à d'autres tribunaux internationaux d'exception, s'était soldé par un échec.

Mercredi, leurs avocats ont également demandé que davantage de parties civiles soient reconnues dans la procédure. Le tribunal a en effet rejeté 24 des 90 demandes, estimant qu'elles n'avaient pas prouvé que leur souffrance était directement liée aux agissements de Douch.

Une décision qui a provoqué une véritable "détresse" chez des personnes déjà "traumatisées une fois par les actes de l'accusé", a dénoncé Me Karim Khan devant la Cour suprême du tribunal tandis que Douch prenait des notes.

Ce procès n'est pas seulement une bataille juridique, il est profondément lié aux "vies de victimes faites de chair et de sang", a souligné de son côté Anne Heindel, conseiller juridique du Centre de documentation du Cambodge, qui recueille les preuves des atrocités commises par le régime khmer rouge.

Environ deux millions de personnes sont mortes sous la torture, d'épuisement ou de malnutrition dans la mise en oeuvre de l'utopie marxiste délirante des Khmers rouges, avant qu'ils ne soient renversés par les Vietnamiens.

Dans quelques mois doit débuter le procès de quatre hauts dirigeants du régime, dont le "frère numéro deux" et idéologue Nuon Chea. "Le frère numéro 1", Pol Pot, est mort en 1998 sans avoir été inquiété.

Avocats Sans Frontières a indiqué attendre de "voir la culpabilité (de Douch) confirmée" et qu’"une lourde peine soit prononcée à son encontre".

"Ceci sera la seule manière de dire que plus de trente ans après les faits, il n’y a pas d’impunité pour les auteurs de crimes contre l’Humanité".