La junte birmane annonce l'entrée en vigueur d'un pouvoir civil

Reuters

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Les militaires qui dirigent la Birmanie depuis deux décennies ont ouvert la voie mercredi à l'instauration d'un pouvoir exécutif civil, mesure consécutive aux élections législatives controversées de novembre dernier. L'opposition, dont le parti d'Ang Saan Suu Kyi, n'aura quasiment aucun rôle dans la nouvelle organisation institutionnelle dévoilée à la télévision nationale.

L'annonce, signée par le numéro un de la junte, le général Than Shwe, précise que le nouveau parlement a approuvé un nouveau président, deux vice-présidents et 30 ministres pour une durée de cinq ans. L'assemblée, principalement composée de militaires en exercice ou à la retraite, a également approuvé la dissolution du puissant Conseil d'Etat pour la paix et le développement (CEPD), qui cède la place à une nouvelle administration.

Ce conseil apparu en 1997 est une émanation de l'institution militaire à l'origine du coup d'Etat de 1962 et disposant de la totalité des pouvoirs. «Il est annoncé par la présente déclaration que le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir administratif exercés par le Conseil d'Etat pour la paix et le développement ont été transférés au niveau du gouvernement de l'Union», indique la déclaration. Ce transfert historique de compétences, après 49 années d'administration directe par les militaires, devrait être accueilli avec scepticisme tant par la communauté internationale que par les 50 millions de Birmans.

Les membres du CEPD conservent des rôles prépondérants dans le nouveau système politique puisqu'ils occupent les postes de président, vice-présidents, président du parlement et ministres dans la majorité des 14 régions du pays. Than Shwe devrait officiellement prendre sa retraite militaire mais il pourrait continuer à exercer une influence déterminante en coulisses.

Selon les experts, l'instauration de ce nouveau système politique fait partie d'un plan de Shwe pour préparer sa sortie en plaçant ses alliés à des postes clés et ainsi assurer sa propre sécurité. Ces observateurs estiment que les changements n'auront que peu de retombées politiques, économiques ou sociales pour l'homme de la rue dans ce pays disposant d'importantes ressources mais dont le niveau de vie moyen demeure faible.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, avait refusé de participer aux législatives et n'a donc aucun rôle officiel.
La LND souhaite des négociations d'urgence avec le nouveau gouvernement sur l'élargissement du rôle de l'opposition, la libération des prisonniers politiques dont le nombre est estimé à 2.100 et la conduite d'un processus de réconciliation avec des groupes ethniques armés.