A Londres, les Occidentaux à la peine pour faire chuter Mouammar Kadhafi

© 2011 AFP

— 

En dépit de la création d'un "groupe de contact" sur la Libye, les Occidentaux qui bombardent depuis près de deux semaines des cibles militaires semblent à la peine dans leur recherche d'une cohésion internationale sans équivoque destinée à faire chuter Mouammar Kadhafi.

Exil ou non pour le chef d'Etat libyen, au pouvoir depuis plus de 40 ans ? Aide militaire ou non aux rebelles de Benghazi ? Partage plus ou moins clair des rôles entre le "pilotage politique" des opérations militaires et la direction de ces dernières par l'Otan...

Mardi, la quarantaine de pays réunis à Londres se sont voulu rassurants et unanimes, avec le constat qu'"un bain de sang a été évité", encore salué mardi soir par Barack Obama.

Mais sur le fond, plusieurs questions restent en suspens.

Fer de lance d'une coalition internationale d'une dizaine de pays, Etats-Unis, France et Royaume-Uni ont parlé d'une même voix pour dire qu'après d'intenses bombardements, "rien n'était acquis" et que la guerre devait "continuer (...) jusqu'à ce que les objectifs de (l'ONU) soient atteints, c'est-à-dire que les populations civiles ne soient plus menacées".

Selon l'Italie, plus de 35 pays les ont rejoints pour ajouter que le noeud du problème était le colonel Kadhafi et que ce dernier devait quitter le pouvoir, même si cet objectif ne figure dans aucune résolution de l'ONU.

Les moyens d'y arriver font diverger les membres du tout nouveau "groupe de contact" sur la Libye.

Certains - Italie, Espagne - évoquent un exil du chef d'Etat libyen, d'autres parlent de sa comparution devant un tribunal pénal international pour sa participation présumée à des crimes de guerre. Sans insister sur cette dernière éventualité, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a jugé cette semaine qu'il revenait avant tout "aux Libyens de s'en débarrasser".

Pour hâter la chute du régime et mettre un terme au plus tôt à des opérations aériennes coûteuses en période de crise économique pour certains des pays les plus riches de la planète, Washington a ouvert la voie à une réflexion sur la nécessité ou non d'armer les rebelles, ce que réclament ces derniers.

La résolution 1970 de l'ONU interdit toutefois "la fourniture directe ou indirecte, la vente et le transfert d'armes ou de matériels connexes de tous types". Mais la suivante, la 1973, prévoit "toutes les mesures nécessaires" pour protéger les civils.

Avec un passage de relais de toutes les missions militaires à l'Otan jeudi, la coalition des pays ayant ouvert le feu contre les troupes de Kadhafi devrait selon toute logique se fondre dans l'Alliance, quitte à bâtir des arrangements spécifiques pour les pays non-membres participant aux missions aériennes (Qatar, Emirats Arabes Unis).

Elle a pourtant encore eu une réunion mardi matin à Londres. Et pourrait se retrouver à nouveau, d'après Paris.

Si la stratégie globale est désormais de la responsabilité du "groupe de contact", l'unanimité de sa vingtaine de membres risque de pâtir à l'avenir de questions épineuses. Comment assurer sans troupes au sol la sécurité de l'acheminement de l'aide humanitaire sur lequel tous "veulent mettre le paquet" ? Que faire face à des colonnes de chars se dirigeant vers une ville ?

"Le choix des cibles, ce n'est certainement pas le groupe de contact qui va le faire, c'est la responsabilité de l'Otan", a souligné mardi le chef de la diplomatie française.

Parmi ses membres, figurent l'Allemagne et la Turquie, opposées au recours à la force. En 1999, en pleine guerre aérienne contre le Serbe Slobodan Milosevic, Paris s'était opposé au sein de l'Otan à Washington qui voulait bombarder des ponts. Cette opposition avait alors été jugée éminemment politique.