Lampedusa: Berlusconi promet de vider l'île des migrants tunisiens

ITALIE Ils vont être transférés dans d'autres régions italiennes...

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Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi s'est engagé ce mercredi à faire évacuer d'ici «48 à 60 heures» l'île de Lampedusa où s'entassent depuis des jours dans des conditions d'hygiène dégradantes, près de 6.000 migrants en majorité venus de Tunisie.

«D'ici 48 à 60 heures, Lampedusa sera habité uniquement par des Lampedusains», a déclaré le Cavaliere. Sept navires, soit «10.000 places au total», transfèreront de cette île minuscule de 20 km2 les migrants vers des centres d'accueil dans le sud de l'Italie, a-t-il précisé.

Il a en outre promis qu'il y aurait désormais toujours un grand ferry présent à Lampedusa pour permettre l'évacuation d'éventuels nouveaux immigrés si ces derniers arrivaient en grand nombre.

Trois W.C chimiques pour des milliers d'immigrés

Sur le quai où étaient massés 24 heures sur 24 des milliers d'immigrés, l'odeur est devenue pestilentielle: seuls trois W.C chimiques pourvoyaient aux besoins des milliers d'immigrés contraints de se soulager en plein air, sans possibilité de se laver.

Silvio Berlusconi, qui a passé à peine un après-midi sur place, a cependant contesté la façon dont la presse a couvert ces faits, dénonçant une «désinformation».

Selon le Cavaliere, les 1.400 premiers immigrés à quitter l'île seront conduits vers un camp d'accueil dans les Pouilles (sud de l'Italie) et ils embarqueront sur une bateau civil. «Ce sera le premier des six bateaux à quitter l'île», a précisé Silvio Berlusconi.

Deux démissions dans les Pouilles

L'AFP a pu constater que des autocars faisaient la navette pour acheminer les migrants à bord de ce navire, mais en début de soirée, il n'avait pas encore largué les amarres.

Cette annonce a provoqué plus tard dans la soirée la démission de deux responsables de droite originaires des Pouilles, un secrétaire d'Etat à l'Intérieur et le maire de la localité qui abrite un camp d'immigrés avec déjà 1.200 personnes à l'intérieur, déçus par le gouvernement qui avait assuré que le nombre total ne dépasserait pas les 1.500 immigrés.

Sivlio Berlusconi a également réitéré que les autorités tunisiennes avaient assuré avoir mis un terme aux départs d'immigrés: «La Tunisie a confirmé que les gens ne partiraient plus.» Concernant l'hébergement des immigrés transférés de Lampedusa, Silvio Berlusconi a assuré qu'ils iraient dans «toute l'Italie», même si de nombreux responsables locaux sont opposés à l'idée de les accueillir.

Aide de l'Europe demandée

Des centres ont été mis sur pied pour les accueillir, essentiellement dans des zones rurales des Pouilles et de Sicile, deux régions du Sud défavorisé. Un choix critiqué par l'opposition de gauche et même à demi-mot par le président Giorgio Napolitano qui a appelé les régions italiennes à davantage de «cohésion» et de «solidarité».

Des propos qui paraissent viser directement le Nord de l'Italie contrôlé par le parti anti-immigrés de la Ligue du Nord, allié clé de la coalition soutenant Silvio Berlusconi. Le gouvernement Berlusconi s'en est pris pour sa part à l'Union européenne. «L'Europe est inerte», a dénoncé à la télévision le chef de la diplomatie, Franco Frattini. Le ministre a aussi fustigé «une absence de solidarité» de la France qui repousse systématiquement les Tunisiens tentant d'entrer sur son territoire depuis la ville frontalière de Ventimille (nord-ouest).

L'Italie demande «une action forte» de l'Europe pour aider la Tunisie à dissuader les migrants de partir, a précisé Franco Frattini. Un porte-parole de la Commission à Bruxelles a estimé que c'était à l'Italie de prendre en charge les «migrants économiques» qui arrivent de Tunisie. Depuis la chute du président Zine El Abidine Ben Ali à la mi-janvier, plus de 18.000 Tunisiens ont débarqué à Lampedusa contre 4.000 migrants pendant toute l'année 2010.