Monde

Bahreïn: Des opposants au secret, confirmation de la démission de députés

Les autorités de Bahreïn maintiennent le secret sur la procédure en cours contre des militants de l'opposition incarcérés, et le Parlement a accepté ce mardi la démission de onze députés critiques de la répression de manifestations sans précédent dans le royaume.

Dans le même temps, l'Iran a de nouveau dénoncé l'envoi dans le petit archipel du Golfe, allié des Etats-Unis, de troupes notamment saoudiennes après les troubles qui ont fait au moins 24 morts selon les autorités.

Le pays gouverné par une dynastie sunnite depuis plus de 200 ans a été le théâtre de la mi-février à la mi-mars d'une forte contestation dominée par les chiites qui forment la majorité de la population autochtone.

L'enquête contestée

Le procureur général militaire, le colonel Youssef Foulaifel, a ordonné un black-out total sur l'interrogatoire en cours de plusieurs dirigeants de l'opposition, arrêtés lors de la répression du mouvement de protestation.

L'interrogatoire est placé sous le régime de l'état d'urgence, décrété le 15 mars par le roi, Hamad ben Issa Al-Khalifa, a indiqué l'agence officielle Bna.

Mais une coalition de sept groupes de l'opposition et des avocats ont écrit au parquet pour contester que l'enquête sur les dirigeants arrêtés soit confiée au procureur militaire, faisant valoir que le roi avait promulgué «une loi sur l'état d'urgence, et non la loi martiale».

Les députés ont perdu leur immunité

Le 18 mars, les Etats-Unis avaient fait part de leur «profonde inquiétude» au sujet des arrestations d'opposants bahreïnis. Le département d'Etat avait appelé «le gouvernement à veiller à la sécurité de tous les détenus et à respecter ses engagements en matière de transparence judiciaire».

Parallèlement, le Parlement a accepté la démission de 11 des 18 députés de l'opposition chiite, présentée en février pour dénoncer la violence contre les manifestants réclamant des réformes. Ils perdent ainsi leur immunité et pourraient être exposés à des poursuites judiciaires. Selon Bna, «le Parlement a accepté à l'uninamité la démission de 11 députés du bloc d'Al-Wefaq», le groupe de l'opposition chiite le mieux représenté au sein de la Chambre qui compte 40 élus au total.

L'agence a ajouté que le Parlement avait décidé de reporter son vote sur la démission de sept autres députés d'Al-Wefaq, principal animateur du mouvement de protestation réclamant la fin du régime monarchique des Al-Khalifa.

Les manifestant «inspirés des tactiques du Hezbollad»

Les forces de sécurité avaient délogé le 16 mars les protestataires, en majorité des chiites, de la place de la Perle à Manama, épicentre de la contestation, où ils avaient campé pendant un mois.

Selon le ministre de l'Intérieur, cheikh Rached ben Abdallah Al-Khalifa, les violences lors du mouvement de contestation ont fait 24 morts -quatre policiers, sept civils «innocents» et 13 protestataires.

Il a accusé les manifestants de s'être inspirés des tactiques du Hezbollah, le parti chiite libanais soutenu par la Syrie et l'Iran. Le gouvernement de Bahreïn a déjà dénoncé le soutien apporté par le Hezbollah et les autorités iraniennes au mouvement de protestation.

Une action qui renforce les tensions

A Téhéran, le ministre de la Défense Ahmad Vahidi a de nouveau critiqué l'envoi de renforts saoudiens et émiratis à Bahreïn. «Les gouvernements doivent protéger la vie, les biens et l'indépendance de leur population et non inviter les autres pays pour réprimer et tuer leur peuple», a-t-il dit.

«Ce genre d'action renforce les tensions et met en danger la stabilité dans la région», selon lui.