La très longue crise politique belge sourit aux indépendantistes flamands

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La Belgique a égalé mardi le record du monde irakien de la plus longue crise politique, avec 289 jours sans véritable gouvernement, une situation qui profite aux indépendantiste flamands en montrant en creux que le pays peut se passer d'Etat central fort.

En 2010, les Irakiens avaient mis 249 jours pour conclure un accord de partage du pouvoir entre chiites, sunnites et Kurdes, et 40 de plus pour qu'un gouvernement prête serment.

Les Belges ont pour leur part élu leurs députés le 13 juin 2010. Le cap des 249 jours a déjà été "célébré" le 17 février par une "révolution de la frite" ayant rassemblé plusieurs milliers de personnes, sans que cela n'émeuve les partis politiques.

Le véritable record du monde de 289 jours est à présent atteint. Mais un compromis entre les partis flamands, qui réclament une très large autonomie régionale, et francophones, qui la refusent, semble toujours aussi éloigné.

Des milliers d'étudiants ont exprimé à nouveau leur ras-le-bol face à ce blocage en organisant mardi des rassemblement festifs sur les places de sept villes universitaires, rebaptisées "places des frites".

Rare symbole national à subsister, la frite fait désormais figure de signe de ralliement des opposants à la partition du pays.

"Pour nous les jeunes, c'est l'occasion de reprendre symboliquement une place, de faire entendre notre voix au monde politique", explique à Bruxelles Michael Verbauwhede, l'un des organisateurs de ces rassemblements.

"On est en train de détruire notre avenir en détruisant la Belgique", ajoute-t-il, expliquant que les étudiants réclament notamment le maintien d'une sécurité sociale nationale, garantie de solidarité entre tous les Belges.

"Si le pays éclatait, la situation serait pire tant du côté francophone que du côté flamand", dit Simon De Beer, qui s'était déguisé en frite.

Problème: l'interminable crise a encore radicalisé l'électorat flamand, repoussant d'autant les chances de former une coalition gouvernementale fédérale entre les deux grandes communautés nationales.

La Nouvelle alliance flamande (N-VA), qui prône l'indépendance de la Flandre et avait triomphé en juin en recueillant près de 28% des voix côté néerlandophone, est maintenant créditée de 33% des intentions de vote.

Si l'on ajoute au score de la N-VA les 13,2% dont le Vlams Belang (extrême droite) est crédité, et les 3,2% des populistes de la LDD, les partis prônant l'indépendance de la Flandre séduiraient à présent près de 50% des électeurs flamands.

Les autres partis flamands, plus modérés, n'osent pas se démarquer clairement de la N-VA, par crainte d'un retour de bâton en cas d'élections anticipées, même si certaines fêlures sont apparues ces derniers jours dans le front néerlandophone.

La Belgique est-elle pour autant sans pilote depuis près d'un an?

Pas vraiment. Le gouvernement sortant du chrétien-démocrate flamand Yves Leterme continue à "gérer les affaires courantes", une notion qui s'est élargie au fil des mois.

L'adoption d'un budget de l'Etat pour 2011 et la participation de F-16 belges aux raids en Libye ont renforcé l'impression que le pays pouvait continuer à fonctionner sous ce régime durant de longs mois encore.

Le constitutionnaliste Christian Behrendt souligne toutefois le côté "malsain" de la situation.

D'une part parce que le statu quo ne résout pas le contentieux entre Flamands et francophones et, d'autre part, parce qu'il empêche l'adoption de réformes pourtant nécessaires, notamment en matières de retraites ou de nucléaire civil.