Afghanistan: le Parquet annonce puis dément l'arrestation d'un conseiller de Karzaï

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Le Parquet d'Afghanistan a nié l'arrestation mardi d'un conseiller du président Hamid Karzaï, affirmant qu'il avait en fait été conduit en prison pour une confrontation avec un ex-ministre incarcéré, et est revenu sur de précédentes déclarations en invoquant un "malentendu".

"Les informations sur l'arrestation de Noorullah Delawari résultent d'un malentendu", a affirmé Amanullah Iman, un porte-parole du procureur général d'Afghanistan lors d'une conférence de presse, à peine plus d'une heure après avoir annoncé à plusieurs médias, dont l'AFP, l'interpellation de M. Delawari.

"M. Delawari n'a pas été arrêté, il a été emmené au centre de détention de Kaboul pour rencontrer (l'ex-ministre des Transports incarcéré lundi Inayatullah) Qasimi, dans le cadre de l'enquête", ouverte contre ce dernier, a affirmé M. Iman.

Interrogé par un journaliste, il a nié avoir subi des pressions après ses précédentes déclarations.

M. Delawari fut longtemps banquier aux Etats-Unis. De retour en Afghanistan en 2002, après la chute du régime des talibans, il mit sur pied et dirigea en 2003 et 2004, l'Agence de soutien aux investissements (Aisa), une structure économique gouvernementale, avant de devenir gouverneur de la Banque centrale entre novembre 2004 et décembre 2007.

Actuellement conseiller économique du chef de l'Etat, il est également l'un des sept membres du Conseil suprême (directoire) de la Banque centrale et préside l'Aisa.

M. Iman avait annoncé plus tôt que M. Delawari avait "été arrêté (...) sur la base d'accusations de malversations et de corruption". Une source judiciaire ayant requis l'anonymat avait indiqué à l'AFP que M. Delawari était soupçonné d'avoir détourné 300.000 dollars lorsqu'il dirigeait la banque centrale d'Afghanistan.

Lors de sa conférence de presse, M. Iman a indiqué que M. Delawari faisait l'objet d'une enquête, notamment pour des malversations à l'époque où il était, aux côtés de M. Qasimi, membre d'un comité chargé par M. Karzaï de remettre sur pied la compagnie aérienne nationale afghane Ariana.

Plus de trois millions de dollars auraient été détournés, selon le porte-parole du Parquet.

Inayatullah Qasimi, ex-conseiller du président Karzaï puis ministre des Transports entre 2004 et 2006, a été arrêté lundi et incarcéré sur ordre du Parquet général, qui l'accuse d'abus de pouvoir et de mauvaise gestion de fonds publics dans le cadre de l'achat lorsqu'il était ministre de deux avions pour Ariana.

M. Qasimi est le plus haut responsable ou ex-responsable arrêté pour malversations depuis la chute du régime des talibans fin 2001, en dépit des graves soupçons de corruption entourant le gouvernement du président Karzaï, sur lequel les alliés internationaux de Karzaï, qui le soutiennent militairement, font pression à ce sujet.

En novembre, le Parquet général avait annoncé l'ouverture d'enquêtes contre une vingtaine de responsable du gouvernement Karzaï soupçonnés de corruption, notamment d'anciens ministres, mais cette annonce n'avait pas été suivie jusqu'ici d'arrestations notables.

La corruption est largement répandue en Afghanistan, pays extrêmement pauvre sur lequel la communauté internationale, Etats-Unis en tête, a déversé des milliards de dollars depuis fin 2001.

L'ONG Transparency International place l'Afghanistan en 2e position, juste derrière la Somalie, dans son classement des pays les plus corrompus au monde.