Le Sénégal teste le «cerf-volant de survie» pour ses pêcheurs

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Le Sénégal, où une cinquantaine de pêcheurs périssent en mer chaque année, teste, avec le concours de Français, des «cerfs-volants de survie» à triple usage pour ses marins: pour remplacer un moteur en panne, économiser du carburant et se signaler en cas de danger.

Pour pallier les pannes de moteur

Le «cerf-volant de survie dynamique» avait servi de moteur de secours à des concurrents malheureux lors de l'édition 2009 de la course transatlantique Bouvet Guyane, qui relie à la rame le Sénégal à la Guyane.

Mais il peut être utile aussi à des pêcheurs en panne de moteur. Son inventeur Stéphane Blanco, professeur de mathématiques et cerf-voliste amateur, qui a grandi à Dakar, est venu en février former deux Sénégalais, Badara dit Badou Tall et Babacar Fall, à les fabriquer eux-mêmes.

Pour éconimiser du carburant

«L'essence est très chère maintenant. Quand tu amènes le cerf-volant en mer, tu économises» le carburant en éteignant le moteur et en laissant la force du vent porter le bateau, affirme à l'AFP le pêcheur Mactar Diagne, dont des pirogues ont été utilisées pour les premiers tests.

Il se dit prêt à en doter ses embarcations après avoir ramené à quai à Hann (est de Dakar) une petite pirogue au-dessus de laquelle flottait quelques minutes plus tôt un cerf-volant rouge et blanc.

Enthousiasme des pêcheurs

«Para! Para! (parachute)», s'écriaient des enfants admiratifs, qui, à la vue de l'engin, ont arrêté de se pourchasser sur la plage à moitié envahie d'algues.

Dans la pirogue, Badou et Babacar ont dû faire plusieurs essais infructueux avant d'arriver à le déployer. A la première tentative, «c'était mouillé, ça n'a pas marché», indique Babacar, tapissier chargé de la couture des cerfs-volants que découpe Badou, artiste peintre.

Des matériaucx fournis par des Français

Les matériaux nécessaires pour la confection - «200.000 à 300.000 m2 de tissus à voile, 1.000.000 de mètres de cordage à suspente, un grand nombre de bobines de fil à coudre, etc.» - sont fournis par une société française de menuiserie (les Menuiseries Bouvet), partenaire de la course Bouvet Guyane.

Badou et Babacar doivent fabriquer cent cerfs-volants, testés dans les départements de Dakar et Thiès (ouest), pendant la phase pilote, jusqu'en octobre.

Moins de panne pour les pirogues

L'opération vise à résoudre la question «des avaries de moteurs que rencontrent les pêcheurs sénégalais», explique Diène Ndiaye, responsable de l'administration des pêches pour le département de Dakar.

«L'essentiel de la pêche sénégalaise est soutenue par la pêche artisanale qui se fait à l'aide de pirogues» utilisant un moteur hors-bord qui, faute d'entretien, expose les pêcheurs à des risques de pannes en haute mer «avec la durée des marées qui peut aller jusqu'à 15 jours», ajoute Diène Ndiaye. «Un cerf-volant dynamique peut donc prendre la place d'un moteur défectueux.»

Moyen d'alerte en cas d'incident

Autre atout: la possibilité de donner l'alerte en cas de détresse. Faute de moyens de communication adéquats ou de grande portée, certains pêcheurs ne peuvent pas souvent alerter les autorités ou les secours en cas de difficultés.

«Nous avons chaque année une cinquantaine de pêcheurs portés disparus ou non retrouvés. C'est énorme pour l'économie sénégalaise», dont la pêche est un des principaux pourvoyeurs de devises, poursuit Diène Ndiaye.

Les cerfs-volants créés sont «capables de tracter une pirogue de 12 mètres vers la côte à une vitesse moyenne de 3 à 4 noeuds sans le moindre effet de gîte», soutiennent les initiateurs du projet.

D'après Diène Ndiaye, l'initiative pourrait bénéficier aux usagers de «10.000 pirogues à l'échelle du territoire national, selon des projections minimalistes». Si les résultats sont jugés concluants, «on projette de faire une production à grande échelle et de l'élargir à tous les pêcheurs sénégalais», déclare-t-il.