Ambiance électrique avant le choc Inde-Pakistan sur un terrain de cricket

© 2011 AFP

— 

La tension montait mardi à la veille du choc Inde-Pakistan en demi-finale de Coupe du monde de cricket, un duel auquel assisteront sous haute sécurité les Premiers ministres des deux pays rivaux qui tentent de reprendre leur difficile dialogue de paix.

Les millions de fans de la planète cricket en rêvaient : pour la première fois dans les annales de la compétition, les deux équipes, figurant parmi les meilleures du monde, vont s'affronter pour décrocher une place en finale.

Mais l'histoire de ces deux pays, qui se sont livré trois guerres depuis leur indépendance concomitante en 1947, donne au match des allures de sommet diplomatique à haut risque : le duel réveille les nationalismes et des décennies d'affrontements au moment même où les deux pays tentent de renouer le dialogue.

A 24 heures du coup d'envoi de la rencontre, mercredi à 14H30 heure locale (09H00 GMT), l'ambiance était électrique à Mohali, petite localité de l'Etat indien du Pendjab, frontalier du Pakistan, qui accueille le match.

Il s'agit de la première rencontre sportive entre l'Inde et le Pakistan sur le sol indien depuis les attentats de Bombay en 2008 (166 morts) qui furent attribués à un commando issu d'un groupe islamiste basé au Pakistan et eurent pour conséquence de geler les discussions de paix entamées en 2004.

Environ 2.000 policiers et paramilitaires ont été déployés autour du stade de 30.000 places. Des raids de la police dans plusieurs hôtels de la bourgade se sont produits tard dans la soirée lundi pour inspecter les bagages de clients jugés suspects.

Selon la presse, la police a reçu dimanche plusieurs alertes à la bombe visant le stade.

Environ 1.000 policiers, dont des commandos, ont aussi été dépêchés dans l'hôtel à Chandigarh, la capitale du Pendjab et de l'Haryana, où sont hébergées les deux équipes. Selon le quotidien Times of India mardi, des policiers ont été chargés de goûter les plats des joueurs.

Jouant l'apaisement dans les relations bilatérales, le Premier ministre indien Manmohan Singh a invité son homologue pakistanais Yousuf Raza Gilani à assister au match. Ils ne se sont pas rencontrés depuis avril 2010.

Poussés par la communauté internationale, les deux pays ont convenu le mois dernier de relancer le dialogue officiel de paix sur des sujets aussi épineux que la région disputée du Cachemire et la lutte contre le terrorisme.

Prélude à une rencontre en juillet entre les deux ministres des Affaires étrangère, le secrétaire d'Etat pakistanais à l'Intérieur Chaudhary Qamar Zaman a rencontré lundi et mardi à New Delhi son homologue.

Les deux hommes ont convenu de mettre en place un "téléphone rouge" pour partager des informations sur le terrorisme.

Ailleurs en Inde et au Pakistan, des millions de fans suivront le match -qui doit durer au moins sept heures- sur des écrans géants. A Lahore, le stade Kadhafi, d'une capacité de 30.000 places, sera ouvert pour l'occasion.

En Inde, des entreprises ont annoncé qu'une demi-journée serait accordée aux employés. Mais d'autres n'auront pas cette chance : ce sera "le jour où je serai malade", a décrété mardi Manish Saxena, 24 ans, employé dans une entreprise d'exportation de diamants à Bombay.

Dans cette ambiance de fièvre propice à l'étalage de drapeaux indiens, la presse relevait ça et là des gestes d'amitié. Le Times of India soulignait ainsi qu'une dizaine de fans avaient cédé leur billet à des Pakistanais venant d'arriver de l'autre côté de la frontière.

"Offrir sa place à quelqu'un dont le peuple a été érigé en ennemi est une étape pour détruire les stéréotypes, pour explorer la paix, l'amitié et l'amour", affirmait un étudiant de 18 ans, qui a réussi à persuader cinq de ses camarades de l'imiter.