Cambodge: La perpétuité réclamée en appel contre Douch, le bourreau khmer rouge

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Les procureurs du tribunal international de Phnom Penh ont requis ce mardi la perpétuité contre «Douch», tortionnaire sous le régime des Khmers rouges, en dénonçant des aveux sélectifs et calculés lors de son procès en appel.

Kaing Guek Eav, alias Douch, ex-chef de S21, la prison de la capitale entre 1975-1979, avait été condamné à 30 ans de détention en juillet 2010 après des aveux complets et une coopération importante avec la justice.

Mais il comparaît cette semaine en appel, en réclamant sa libération pure et simple. Sans revenir sur ses aveux, il affirme échapper à la compétence du tribunal, arguant qu'il n'était un haut-responsable ni du régime lui même, ni des crimes perpétrés.

Coopération du tortionnaire avec la cour

«La contestation tardive par l'accusé du fondement légal de son accusation et sa demande de libération soulignent (...) la nature fausse, sélective et opportuniste de sa coopération avec la cour», a dénoncé le procureur international, Andrew Cayley. En première instance, les juges s'étaient notamment appuyés sur les aveux du tortionnaire pour justifier de lui épargner la perpétuité.

«Cet appel et la contestation de la compétence de la cour indiquent que cette coopération n'était ni volontaire ni désintéressée», a rétorqué le co-procureur.

Il a requis la perpétuité commuée en 45 ans de détention, pour compenser quelques années de détention provisoire illégales car purgées avant que la cour soit formellement constituée.

Il n'aurait pas eu d'autorité réelle

Douch a reconnu avoir supervisé la torture et l'exécution de 15.000 personnes. Mais ses avocats, qui ont délaissé la stratégie de l'aveu adoptée jusqu'au dernier jour du premier procès, ont affirmé lundi qu'il n'avait été qu'un «secrétaire» sans autorité réelle au sein de l'appareil khmer rouge.

Le verdict de la cour suprême du tribunal est attendu en juin.

Les procès des dirigeants se succèdent

Environ deux millions de personnes sont mortes sous la torture, d'épuisement ou de malnutrition dans la mise en oeuvre de l'utopie marxiste délirante et abjecte des Khmers rouges, avant qu'ils ne soient renversés par les Vietnamiens.

Dans quelques mois, doit débuter le procès de quatre hauts dirigeants du régime, dont le «frère numéro deux» et idéologue Nuon Chea. Aucun d'entre eux, à l'inverse de Douch, n'a l'intention de plaider coupable.

«Le frère numéro 1», Pol Pot, est décédé en 1998 sans avoir été inquiété.