Côte d'Ivoire: Les forces pro-Ouattara mènent une grande offensive

AFRIQUE La crise qui a suivi l'élection présidentielle dure depuis quatre mois...

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Le président ivoirien, Alassane Ouattara, arrive à la réunion de l'Union Africaine, à Addis Ababa, en Ethiopia, le 10 mars 2011.
Le président ivoirien, Alassane Ouattara, arrive à la réunion de l'Union Africaine, à Addis Ababa, en Ethiopia, le 10 mars 2011. — Samson Haileyesus AP/SIPA

Les forces soutenant le président ivoirien reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara ont lancé lundi une grande offensive militaire, de l'ouest à l'est du pays, quatre mois jour pour jour après le début d'une meurtrière crise post-électorale.

Les combattants pro-Ouattara, qui progressent dans l'Ouest frontalier du Liberia depuis fin février, ont attaqué vers 5h la ville de Duékoué (ouest), ville stratégique et porte d'entrée de la principale zone de production du cacao.

Les combats contre l'armée fidèle au président sortant Laurent Gbagbo, appuyée par des miliciens, ont duré plusieurs heures. Dans la soirée, les forces pro-Ouattara affirmaient contrôler «entièrement» la ville après avoir «éteint une poche de résistance», alors qu'auparavant l'armée avait assuré que les combats se poursuivaient.

La ville constitue un important carrefour de l'Ouest ivoirien: la route de l'est mène à la capitale politique Yamoussoukro et celle du sud au port de San Pedro, plus grand port d'exportation de cacao au monde, dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial.

Près d'un million de déplacés

Ces nouveaux affrontements interviennent au moment où la situation humanitaire ne cesse de se dégrader - avec, selon l'ONU, près d'un million de déplacés - et font craindre de nouveaux mouvements massifs de population.

«Il y a une offensive généralisée sur toute la ligne de front» qui coupe depuis 2002 le pays, le nord étant contrôlé par les combattants pro-Ouattara et le sud par les Forces de défense et de sécurité (FDS), fidèles au président sortant, selon une source à l'état-major FDS.

«Il y a eu une attaque des rebelles à Duékoué (ouest), une attaque sur le 2ème bataillon de Daloa (centre-ouest) et une autre près de Bondoukou (est)», a-t-elle dit. «A Duékoué, les combats se poursuivent. A Daloa et Bondoukou, les attaques ont été repoussées», a-t-elle affirmé dans l'après-midi.

A l'état-major des Forces républicaines, nouvelle dénomination des forces pro-Ouattara, rassemblant essentiellement les ex-rebelles des Forces nouvelles (FN), cette offensive sur plusieurs fronts a été confirmée.

A Bondoukou, près de la frontière ghanéenne, les forces pro-Ouattara se trouvaient lundi soir dans la ville après des combats.

«Les gens applaudissent»

«Les gens sont sortis, ils applaudissent, certains crient 'guerrier, guerrier!' en voyant les combattants pro-Ouattara» à bord de 4x4 ou à pied, a indiqué une femme.

Une source à l'état-major des Forces républicaines, basé à Bouaké (centre), a affirmé à l'AFP: «on a pris Bondoukou et nos gars progressent vers Tanda», au sud.

«On ne voit que les Forces républicaines à travers la ville», a rapporté un journaliste local.

Il n'était cependant pas possible dans l'immédiat de dire si le camp Ouattara contrôlait en totalité la ville.

Sortie de crise plus lointaine que jamais

Depuis le début de la crise post-électorale, les violences ont déjà fait 462 morts, essentiellement des civils, selon l'ONU. Mais selon le camp Ouattara, le bilan est beaucoup plus lourd: au moins 832 morts.

Une issue pacifique paraît plus lointaine que jamais, Alassane Ouattara ayant récusé le haut représentant nommé par l'Union africaine, l'ex-ministre cap-verdien des Affaires étrangères José Brito, censé engager des négociations entre les parties.

«Le président Ouattara a ses raisons, que je respecte», a déclaré José Brito, rejeté par celui-ci pour ses «relations personnelles» avec Laurent Gbagbo.

«Je pense qu'il n'est pas possible d'avancer davantage (dans la mission) si cette position persiste. Je présume que l'UA va analyser cette impasse et décider quelle est la meilleure voie à suivre», a-t-il ajouté.

Les avocats d'Alassane Ouattara ont déploré à Paris qu'il y ait «deux poids deux mesures dans la mobilisation internationale», souhaitant en Côte d'Ivoire «l'usage de la force légitime» comme en Libye.