Côte d'Ivoire: mobilisation des partisans de Gbagbo qui reconnaît le haut représentant de l'UA

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Le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo a accepté le haut représentant nommé par l'Union africaine pour résoudre la crise post-électorale, un arbitre par contre récusé par son rival Alassane Ouattara, a indiqué dimanche le porte-parole de son gouvernement, Ahoua Don Mello.

"On accepte, mais maintenant c'est à l'UA de décider", a-t-il dit à l'AFP.

L'Union africaine avait nommé samedi l'ex-ministre cap-verdien des Affaires étrangères José Brito comme son haut représentant en Côte d'Ivoire, chargé d'organiser des négociations entre les deux parties ivoiriennes en conflit.

La présidence Ouattara avait samedi "exprimé sa surprise" quant au choix de M. Brito, "compte tenu de ses relations personnelles et de ses accointances politiques, connues de tous en Côte d'Ivoire, avec le président sortant, M. Laurent Gbagbo".

Samedi, des milliers de partisans du chef de l'Etat ivoirien sortant Laurent Gbagbo s'étaient rassemblés près du palais présidentiel à Abidjan, au moment où la pression internationale s'accentue pour le forcer au départ, sur fond de crainte de guerre civile.

La France, ex-puissance coloniale, a annoncé cette semaine avoir déposé un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU en vue de faire cesser les tirs à l'arme lourde à Abidjan, qui sont un "scandale" selon le président Nicolas Sarkozy.

Le texte, qui doit être examiné dans les prochains jours, demande explicitement le départ de Laurent Gbagbo et reconnaît son rival Alassane Ouattara comme président légitime après le scrutin de novembre, qui a plongé le pays dans une crise meurtrière.

A l'appel de Charles Blé Goudé, chef des "patriotes" pro-Gbagbo, plusieurs milliers de personnes, essentiellement des jeunes, ont envahi à la mi-journée la place de la République, dans le quartier du Plateau, coeur du pouvoir hérissé de nombreux barrages de jeunes.

"Gbagbo ou rien", "La Côte d'Ivoire appartient aux Ivoiriens", ou "Sarkozy, ce pays est ton terminus", proclamaient des pancartes et des affiches.

M. Blé Goudé a fait son entrée sous les hourras en portant un matelas à l'épaule: ce rassemblement aux allures de camping festif devait se poursuivre toute la nuit avec des séances de prière, pour s'achever dimanche matin.

"Avant d'attaquer Laurent Gbagbo, vous allez (devoir) égorger tout ce monde-là", a-t-il lancé à l'adresse de la communauté internationale, en montrant la foule.

"Il n'y aura pas de guerre civile", a-t-il martelé, s'en prenant à M. Sarkozy mais aussi au président américain Barack Obama, à l'ONU et à la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Alors que Pascal Affi N'Guessan, chef du parti de M. Gbagbo, a accusé M. Ouattara d'être "un mercenaire au service de l'impérialisme occidental", Charles Blé Goudé, en écho à Laurent Gbagbo, a renouvelé son appel au "dialogue" pour "trouver une solution à la crise post-électorale".

La crise n'a jamais eu des conséquences si dramatiques pour les Ivoiriens ni suscité autant d'inquiétude à l'extérieur. Plus de 460 personnes ont été tuées dans des violences depuis fin 2010, et un million d'habitants pourraient avoir été déplacés dans le pays, selon l'ONU.

M. Blé Goudé a affirmé que "plus de 100.000" jeunes s'étaient fait enregistrer auprès de l'état-major pour s'enrôler dans l'armée, répondant à son appel du week-end dernier. L'armée a précisé qu'elle appellerait ces recrues au "moment opportun".

Dans l'Ouest comme dans Abidjan, l'heure reste aux affrontements, ainsi qu'à l'usage d'armes lourdes, comme dans les quartiers d'Abobo et Anyama, bastions des insurgés pro-Ouattara dans la capitale économique.

Abobo demeure l'épicentre des combats. Dans le secteur "Samankè", des tirs avaient été entendus vendredi et deux blindés légers des Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales à M. Gbagbo étaient visibles à un carrefour, calcinés. Selon des témoins, ils étaient tombés dans une "embuscade" des insurgés, baptisés "commando invisible".

L'eau et l'électricité coupées depuis mercredi soir dans la moitié nord de la Côte d'Ivoire, sous contrôle des forces favorables au président reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara, ont été rétablies dimanche matin, selon des habitants.

Le retour de l'eau et de l'électricité a été constaté par un correspondant de l'AFP à Bouaké (centre), deuxième ville du pays et fief des Forces nouvelles (FN), ex-rébellion contrôlant le Nord ivoirien depuis le putsch manqué de 2002.

Des habitants contactés par téléphone notamment à Man (ouest), Korhogo (nord), Ferkessedougou (nord), ainsi qu'à Danané (ouest), près des frontières libérienne et guinéenne, ont confirmé la fin des coupures.

Dans un communiqué publié samedi, la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE, privée) a de nouveau décliné toute responsabilité et "déploré" ces coupures "consécutives à la réquisition" à la mi-janvier du centre de contrôle de la CIE par le gouvernement du président sortant Laurent Gbagbo.