Le leader libyen, Mouammar Kadhafi, lors de son discours à Tripoli, le 2 mars 2011.
Le leader libyen, Mouammar Kadhafi, lors de son discours à Tripoli, le 2 mars 2011. — REUTERS/Ahmed Jadallah

ANALYSE

Libye: Kadhafi a-t-il les moyens de se venger de la France?

Alors que le «Guide suprême» libyen a promis aux dirigeants occidentaux, et surtout à Nicolas Sarkozy, qu'ils regretteraient leur ingérence...

Avant même le lancement de l’opération «Aube de l’Odyssée», Mouammar Kadhafi avait prévenu: les dirigeants occidentaux voulant intervenir à son encontre «regretteront» leur ingérence. Particulièrement visés par ces propos:  David Cameron et Nicolas Sarkozy, à la pointe de la réaction de la communauté internationale. Alors, que risque Nicolas Sarkozy, et à travers lui la France? 20minutes.fr fait le point, menace par menace.

La révélation de dossiers compromettants

Le chef de l’Etat français a eu la primeur des attaques du clan Kadhafi. Une semaine avant le vote de la résolution 1973 à l’ONU, l’un des fils du colonel, Saïf al Islam a demandé au chef de l'Etat de «rendre l’argent qu'il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale» de 2007, indiquant qu’il était prêt à «tout révéler» de ces financements. Une «révélation» qui est venue s’ajouter à la menace de «dévoiler un grave secret qui va entraîner la chute de Sarkozy».

La réponse par des attentats sur notre territoire

Parmi les menaces qu’il a proférées, Mouammar Kadhafi a parlé d'attaquer des objectifs civils et militaires en Méditerranée. Et même si l'un de ses fils a exclu des frappes contre des vols civils, et qu’il n'est pas fait état de menaces particulières sur le sol français, la France est en alerte. En effet, les services de renseignement expliquent que la menace ne peut être totalement écartée: «On sait ce que les Libyens sont capables de faire, donc on peut se méfier», selon une source policière.

Six Libyens, dont le beau-frère du colonel Kadhafi, ont en effet été condamnés en 1999 à perpétuité par contumace par la cour d'assises de Paris pour un attentant contre un DC10 d'UTA qui avait fait 170 victimes au-dessus du Niger en 1989. Les services libyens sont aussi fortement soupçonnés d’avoir perpétré l'attentat dans une discothèque de Berlin en 1986, et celui de 1988 contre un Boeing 747 de la compagnie américaine Pan Am au-dessus du village écossais de Lockerbie.

François Fillon a déclaré mardi devant l'Assemblée nationale que les services de renseignement étaient mobilisés pour évaluer les moyens dont disposent ceux qui ont proféré des menaces contre les intérêts français, et que le plan Vigipirate serait adapté en temps réel. Et mardi, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a réuni l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), qui regroupe les principaux chefs de la police en charge de la lutte antiterroriste afin d'examiner l'hypothèse d'une menace libyenne.

La fermeture des vannes pétrolières

Depuis le début de l’opération «Aube de l’Odyssée», Mouammar Kadhafi accuse les puissances occidentales de vouloir s’approprier le pétrole libyen. Une richesse particulièrement convoitée. Mais seulement 9% du pétrole consommé en France en 2009 a été puisé en Libye et Total ne produit que 55.000 barils par jour dans le pays. L’indépendance énergétique de la France n’est donc pas en péril.

Cependant, comme les autres compagnies pétrolières, Total est à la recherche de nouveaux gisements pour renouveler ses réserves de pétrole. Or, la Libye étant le quatrième producteur d’Afrique, la perte serait énorme si Mouammar Kadhafi décidait de nationaliser les gisements.

La menace de l’immigration

Le 7 mars dernier, soit bien avant le début de l’opération internationale, le colonel Kadhafi avait promis aux Européens, et notamment aux Français, une déferlante d’immigrés: «Vous aurez l’immigration, des milliers de gens qui iront envahir l’Europe depuis la Libye. Et il n’y aura plus personne pour les arrêter». Le même jour, des témoignages avaient fait état de rassemblement, par les milices de Kadhafi, de barques, de bateaux et de travailleurs, pour la majorité Africains, dans une ville côtière à proximité de Syrte. Sans aller jusque-là, il suffirait au dirigeant libyen de cesser ses patrouilles dans le canal de Sicile, et les frontières italiennes, et donc européennes, perdraient encore de leur étanchéité.

De fait, l'afflux d'immigrants clandestins venus d'Afrique du Nord est toujours très important sur l'île italienne de Lampedusa, proche des côtes tunisiennes et libyennes et porte d’entrée vers l’Europe : près de 6.000 personnes sont entassées sur l’île de 20km2, selon le Haut commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (HCR).