Japon: Les «sacrifiés» de Fukushima poursuivent leur course contre la montre

NUCLEAIRE Ils sont toujours 300 à tenter de refroidir par tous les moyens les réacteurs de la centrale nucléaire...

Corentin Chauvel avec Reuters

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Des «liquidateurs» dans une salle de contrôle de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, le 23 mars 2011.
Des «liquidateurs» dans une salle de contrôle de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, le 23 mars 2011. — NEWSCOM / SIPA

«J'ai les larmes aux yeux en pensant à leur travail.» Comme beaucoup, Kazuya Aoki, de l'Agence de sûreté nucléaire et industrielle japonaise, est particulièrement inquiet et ému du sort des 304 «liquidateurs» qui tentent depuis quinze jours de rétablir les systèmes de refroidissement à la centrale de Fukushima-Daiichi et d’éviter une catastrophe nucléaire. Trois d’entre eux ont été blessés par des radiations et ont été hospitalisés ce jeudi.

D’après le Daily Mail, qui publie ce jeudi des photos de l’intérieur de la centrale, cinq liquidateurs seraient déjà morts et 15 autres blessés par les radiations. Mais l'Agence de sûreté nucléaire et la compagnie Tepco, propriétaire de la centrale, restent toujours aussi discrètes sur ces 304 ouvriers de l'ombre (ils étaient 90.000 à Tchernobyl) et sur leur tâche exacte. Elles n'ont pas précisé combien appartenaient à Tepco et combien travaillaient pour des sous-traitants ou pour l'armée. On ne sait pas davantage s'il s'agit de volontaires ou s'ils ont répondu à un ordre de mission.

«Aucun d’entre eux ne fait ça pour l’argent»

A l’heure actuelle, il n’est en tout cas pas prévu qu’ils reçoivent de prime pour leur travail à hauts risques et certains, parmi les simples manoeuvres, sont payés à la journée. Tepco et les autres sociétés dont dépendent les liquidateurs ont indiqué qu’ils n’avaient pas eu le temps d’y penser et que les ouvriers eux-mêmes ne l’avaient pas évoqué, rapporte ce jeudi le Wall Street Journal.

«Aucun d’entre eux ne fait ça pour l’argent», estime Tadashi Ikeda, le directeur général de la société Tokai Toso qui a fourni six ouvriers, interrogé par le quotidien américain. D’après lui, la plupart des liquidateurs sont des habitants de la région qui ont été forcés de quitter leur maison à cause des radiations et qui sont désireux d’aider à rétablir les choses.

Une cinquantaine de liquidateurs vivent sur le site des réacteurs

L’équipe «essentielle» d’une cinquantaine d’employés de la centrale restée sur place depuis le départ vit toujours sur le site des réacteurs. Ils ont été rejoints quelques jours plus tard par 150 collègues puis une centaine d’autres afin de pouvoir effectuer les rotations nécessaires afin de limiter leur exposition aux radiations. Mais ces derniers sont logés dans un village aménagé à l’écart de la centrale nucléaire.

Equipés de combinaisons, de lunettes et de masques de protection, les liquidateurs ne sont exposés que pendant une durée limitée. Ils sont également dotés de détecteurs de radiation afin de s'assurer qu'ils ne sont pas surexposés et de déterminer quand ils ont atteint la dose limite. Après leur travail, ils se douchent encore vêtus de leur combinaison pour une première décontamination, ils retirent ensuite leur combinaison et prennent une nouvelle douche. Un contrôle de radioactivité est pratiqué sur tout le corps pour vérifier qu'il ne reste plus rien.

«Même si des rotations sont organisées, ces personnes vont subir des très fortes doses et auront des séquelles. A court-terme, ça peut se passer comme à Tchernobyl où les pompiers sont morts quelques jours après leur intervention. A long-terme, il y aura une augmentation du risque de cancers, pendant plusieurs décennies», avait cependant affirmé à 20minutes.fr Bruno Chareyron, expert de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad).