Libye: Bernard-Henri Lévy, lobbyiste de poids au service de la rébellion

POLITIQUE Le philosophe militant a organisé un entretien...

© 2011 AFP

— 

L'écrivain Bernard-Henri Lévy (BHL), cité mercredi comme témoin par les avocats de la famille de Chaïb Zehaf, dont le meurtrier présumé est jugé cette semaine par la cour d'assises du Rhône, a estimé que "ne pas poser la question" du mobile raciste serait "un déni de justice".
L'écrivain Bernard-Henri Lévy (BHL), cité mercredi comme témoin par les avocats de la famille de Chaïb Zehaf, dont le meurtrier présumé est jugé cette semaine par la cour d'assises du Rhône, a estimé que "ne pas poser la question" du mobile raciste serait "un déni de justice". — Pascal Pavani AFP

Le très médiatique écrivain Bernard-Henri Lévy, figure contemporaine de l'intellectuel engagé, est devenu un lobbyiste efficace au service de l'opposition libyenne, au point d'avoir une influence remarquée sur la politique étrangère de Nicolas Sarkozy.

Ardent militant de la cause bosniaque au moment du conflit en ex-Yougoslavie, plus récemment défenseur de l'Iranienne Sakineh Mohammadi-Ashtiani condamnée à mort par lapidation, ou du cinéaste Roman Polanski poursuivi dans une affaire de moeurs, «BHL» est connu pour ses multiples combats.

Depuis quelques semaines, l'intellectuel le plus connu de France, à la légendaire chemise blanche et la chevelure désormais grisonnante à 62 ans, enchaîne les interviews pour soutenir la rébellion libyenne, avec une fougue toujours intacte qui lui vaut moqueries ou admiration.

Un rôle politique

Cet habitué des zones de conflit s'est rendu début mars à Benghazi, fief de l'opposition, où il a rencontré des membres du Conseil national de transition (CNT) et organisé leur entretien avec le président français Nicolas Sarkozy le 10 mars à Paris.

A l'issue de l'entretien, auquel l'écrivain a assisté, à la différence du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, alors à Bruxelles, la France devenait le premier pays à reconnaître l'organe de l'opposition au régime de Kadhafi et plaidait même pour des frappes «ciblées» contre la Libye.

Le philosophe ne fait pas l'unanimité

Cette annonce, qui a bousculé les partenaires européens, a été peu appréciée au ministère des Affaires étrangères, où Bernard-Henri Lévy «n'a pas beaucoup de fans», commente un diplomate sous couvert de l'anonymat.

«Le problème n'est pas qu'il soit consulté par le président de la République (...) Ce qui est choquant c'est la pétaudière avec une impression que c'est le dernier qui parle qui a raison», juge un autre diplomate.

La reconnaissance de son engagement

Un haut responsable politique reconnaît que «malgré tout, ça a permis d'enclencher une dynamique» et «permis une position commune européenne» sur le CNT.

Cette influence a valu à l'intellectuel d'être qualifié par certains médias de «nouveau ministre des Affaires étrangères». Un titre qui lui avait déjà été attribué au moment du conflit en ex-Yougoslavie, quand il avait organisé une rencontre en janvier 1993 entre l'ex-président bosniaque Alija Izetbegovic et François Mitterrand.

«Je suis dans l'action, le reste m'indiffère», assure cet auteur prolifique, qui aime aller sur le terrain et se veut héritier d'intellectuels engagés comme Jean-Paul Sartre -à qui il a consacré un livre- ou André Malraux.

Un homme médiatique

Si BHL, qui dirige sa propre revue La Règle du jeu et écrit régulièrement dans plusieurs médias, dispose d'un grand réseau de relations, il compte aussi de nombreux détracteurs et s'est vu plusieurs fois accusé d'approximations.

L'année dernière, le philosophe s'était fait piéger par l'oeuvre d'un écrivain fictif, Jean-Baptiste Botul, prétendu spécialiste de Kant, qu'il citait dans un de ses ouvrages. Le canular littéraire avait suscité de nombreux commentaires.

Il y a une dizaine de jours, nouveau buzz sur internet autour de l'écrivain, qui dans une interview à la chaîne Al-Jazira déclare en anglais qu«"il sera désormais très difficile de faire des fellations («blowjobs») aux dictateurs dans le monde arabe».

Des actions qui ne sont pas nouvelles

Le philosophe au physique avantageux est aussi un habitué de la presse people depuis son mariage avec la très glamour actrice et chanteuse Arielle Dombasle.

Politiquement, cet homme qui se revendique de gauche a soutenu la socialiste Ségolène Royal en 2007. S'il affirme son amitié pour Nicolas Sarkozy, qu'il connaît depuis les années 1980 et tutoie, il s'est à plusieurs reprises opposé à sa politique (discours de Dakar sur l'Afrique, expulsions de Roms...).

Il est aussi l'un des signataires de JCall, un appel de juifs européens pour la création d'un Etat palestinien et contre la colonisation par Israël.