Yémen: l'opposition rejette le dialogue et l'état d'urgence

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Le Parlement a approuvé mercredi l'instauration de l'état d'urgence au Yémen, un vote immédiatement rejeté par l'opposition qui continue de demander le départ immédiat du président Ali Abdallah Saleh.

Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates s'est refusé de donner un pronostic sur l'avenir politique de M. Saleh, un allié des Etats-Unis dans la lutte contre le réseau Al-Qaïda.

"Les choses sont de manière évidente très instables au Yémen. Il est trop tôt pour dresser un bilan", a déclaré M. Gates, alors que M. Saleh, de plus en plus isolé et qui lutte pour sa survie politique, a mis en garde contre le risque d'une guerre civile dans le pays.

Le président yéménite a officialisé son offre de départ faite mardi avec une petite variante. Il propose de partir fin 2011 au lieu de début 2012 à l'issue d'un processus qui fera passer le Yémen d'un système présidentiel à un système parlementaire.

"Ce sont des élucubrations et le président n'a d'autre choix que de partir", a réagi le porte-parole de l'opposition, Mohammad Gahtani. "Le sang versé et la mobilisation du peuple ne lui laissent pas d'autre choix".

Les jeunes manifestants ont également rejeté une offre de dialogue du président et continuent de manifester sur la place de l'Université de Sanaa.

A l'issue d'un débat, ils ont décidé de faire du prochain vendredi "une journée pour le départ d'Ali Abdallah Saleh" et de marcher sur le palais présidentiel le vendredi suivant s'il continue de s'accrocher au pouvoir.

Après les défections dans l'armée, la diplomatie et les institutions de l'Etat, M. Saleh, 69 ans dont 23 au pouvoir, peut encore compter sur le soutien de certains généraux, de dignitaires religieux et de chefs tribaux.

Selon les autorités, 164 députés sur 165 présents au Parlement ont voté pour l'instauration de l'état d'urgence, proclamé le 18 mars par M. Saleh après la mort de 52 manifestants tués par des tirs attribués à ses partisans à Sanaa.

Mais un député du parti islamiste al-Islah, Abdel Razaq Al Hejri, a contesté comme "une falsification éhontée" le vote affirmant que le quorum n'avait pas été atteint, 133 députés seulement sur 301 ayant assisté à la séance selon lui.

Le chef du bloc du Parti socialiste yéménite (opposition) Aïdarous al-Naqib a affirmé à l'AFP que "le pouvoir ne pourra pas appliquer la loi d'urgence, car il faudrait pour cela tuer dix millions de yéménites".

En l'absence d'une loi détaillant ce qu'est l'état d'urgence dans le pays, il n'était pas possible de savoir dans l'immédiat si cette mesure signifiait l'interdiction des manifestations et du sit-in observé par des protestataires depuis le 21 février place de l'Université à Sanaa.

Le parti du président, le Congrès populaire général (CPG) comptait quelque 170 députés, mais entre 40 et 50 d'entre eux sont démissionnaires, selon des sources parlementaires. Ces derniers, ainsi que tous les députés de l'opposition et les indépendants ont boycotté la séance.

"Un vote en faveur de la loi équivaudrait à approuver le massacre d'innocents", avait affirmé avant le vote le mouvement des "Jeunes pour le changement" lu par un orateur au micro sur la place de l'Université.

Les protestataires ont reçu l'appui de chefs de l'armée, dont le général Ali Mohsen al-Ahmar, responsable du nord-est qui comprend la capitale.

Des blindés d'unités fidèles au général Ahmar ont été déployés autour de la Banque centrale, du siège du CPG et d'autres installations vitales à Sanaa. Mais des chars de la garde présidentielle, dirigée par le fils du président, Ahmed, et des forces spéciales commandées par son neveu Tarek Saleh, ont pris position autour du palais présidentiel.