La crainte de l'enlisement

anthony nataf

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L'intervention militaire de la coalition internationale a été lancée pour sauver à la dernière minute la rébellion d'un anéantissement certain et protéger les civils. Mais les suites de la guerre sont toujours multiples et incertaines. Alors que l'intervention est critiquée par de nombreux pays qui l'accusent de mettre en danger les civils, certains cherchent encore une issue diplomatique. Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, a de nouveau déclaré que Kadhafi pouvait stopper les frappes de la coalition en acceptant un cessez-le-feu.

Risque d'enlisement
Mais la chute du Guide après l'intervention alliée semble hasardeuse. Les forces de Kadhafi sont loin d'être à terre. Un avion libyen a attaqué hier une patrouille de la coalition, le feu du Guide se déchaîne toujours sur plusieurs villes de l'Ouest. Se pose aussi la question des boucliers humains. Sans employer ces mots, l'état-major français a, par exemple, indiqué hier ne pas avoir engagé certains objectifs car il y avait des risques de victimes civiles.
D'autre part, Kadhafi ne montre aucun signe de résignation et est toujours aussi menaçant envers ceux qui voudraient le déloger. Enfin, l'ONU n'a pas officiellement donné mandat pour neutraliser Kadhafi. Cependant, la coalition apporte de facto un appui aux rebelles. Leur but reste de défaire le colonel à Tripoli, même s'ils peinent à exploiter le soutien occidental. Le fond de la situation n'a donc pas changé. Un postulat qui pourrait mener à un enlisement et éventuellement à une partition de la Libye. « Cela permettrait à Kadhafi de dire que la coalition a provoqué la division du pays, analyse Hasni Abidi, directeur du Cernam. Mais les insurgés n'accepteront pas ce statu quo. » Surtout que les villes sous contrôle des rebelles apparaissent infiltrées par des kadhafistes qui continuent à mener des représailles.

élargissement limité de la mission de l'otan

Pendant que les chars et les tireurs embusqués kadhafistes opèrent pour reprendre Misrata aux insurgés, l'Otan s'est entendue hier sur un élargissement limité de sa mission. Ses bâtiments et son aviation contribueront à appliquer l'embargo sur les armes. Comme d'autres, la France s'est opposée à l'idée de lui déléguer le commandement militaire.