Libye: Paris veut limiter le rôle de l'Otan, mais fait des concessions

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Déterminée à gagner la confiance du monde arabe et à garder une souplesse opérationnelle, la France entend limiter le rôle de l'Otan dans le commandement de la coalition en Libye, mais semblait mardi avoir fait des concessions à ses partenaires sur ce sujet.

Paris et Washington ont annoncé mardi soir avoir un accord sur le rôle de l'Otan dans la coalition, mais l'ont présenté de façons sensiblement différentes.

Pour la Maison Blanche, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne sont tombés d'accord pour que l'Otan puisse jouer un "rôle clef" dans le commandement de l'opération militaire de la coalition internationale en Libye.

Une expression que ne reprend pas la présidence française, qui évoque simplement une conversation téléphonique au cours de laquelle Barack Obama et Nicolas Sarkozy "se sont entendus sur les modalités d'utilisation des structures de commandement de l'Otan en soutien de la coalition".

Une intervention dans la lignée des déclarations du ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.

"Pour nous cette opération (...) est conduite par une coalition. Ce n'est donc pas une opération de l'Otan, même si elle doit pouvoir s'appuyer sur les moyens militaires de planification et d'intervention de l'Alliance", a-t-il estimé mardi.

Lundi, lors d'une réunion houleuse à l'Otan à Bruxelles, les partenaires de la France avaient insisté pour une implication de l'Alliance atlantique, à laquelle Paris a répondu mardi en proposant à ses alliés "une instance de pilotage politique de l'opération" militaire, au niveau des ministres des Affaires étrangères.

Depuis le début, Paris insiste pour tenir l'Alliance atlantique à l'écart de l'intervention militaire destinée à mettre en oeuvre la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU, autorisant le recours à la force en Libye pour protéger les civils de la répression du régime de Mouammar Kadhafi.

Actuellement les Etats-Unis assurent la coordination des missions aériennes au-dessus de la Libye depuis leur QG en Allemagne. Mais ces derniers, engagés en Irak et en Afghanistan, ont annoncé leur intention de prendre du recul.

Des négociations intenses étaient en cours mardi entre Paris, Londres et Washington pour déterminer qui prendra la direction des opérations, selon des sources concordantes.

Pour Paris, l'enjeu est d'abord politique.

La France, qui veut se repositionner dans le monde arabe, souhaite "consolider la légitimité de cette action par la participation de la Ligue arabe et entend éviter une confusion des genres" au sud de la Méditerranée, où "derrière l'Otan on voit les Etats-Unis", explique une source militaire.

"Qu'a dit la Ligue arabe ? Si vous mettez l'Otan, c'est très difficile pour nous de continuer à soutenir (la coalition) parce que nous risquons de nous retrouver dans la caricature d'un affrontement Occident/Monde arabe", a d'ailleurs argué mardi le ministre des Affaires européennes Laurent Wauquiez.

Paris craint aussi qu'un commandement otanien complique et ralentisse l'opération.

"Une des raisons de sa position, c'est aussi de pouvoir avoir un commandement et un contrôle opérationnel beaucoup plus souples, efficaces et qu'on ne soit pas sous une tutelle qui nous impose la nature des objectifs et la façon de les traiter: ça, on en a beaucoup souffert dans le passé", note un expert militaire.

Ces sources soulignent la difficulté de "trouver un consensus à 28" alors que les Etats-Unis, en position dominante au sein de l'Alliance, "ne se sont engagés dans cette opération que du bout des lèvres".

Dans le même temps, une telle coalition ne peut se passer complètement de l'Alliance atlantique:"On ne sait pas trop où on va. On a mis le doigt dans l'engrenage et on sera peut-être satisfait que l'opération soit reprise par l'Otan" si elle s'éternise, estime la source militaire.