Photos de la «Kill Team» en Afghanistan: Un nouvel Abou Ghraïb?

MONDE L'armée américaine s'excuse pour les «actes répugnants» commis par plusieurs soldats...

P.B. avec Reuters

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Un Marine américain dans sa base en Afghanistan, le 9 novembre 2010.
Un Marine américain dans sa base en Afghanistan, le 9 novembre 2010. — F. O'REILLY / REUTERS

Les clichés étaient une bombe à retardement. Lundi, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel a finalement décidé de publier trois photographies montrant des soldats américains posant à côté du cadavre d'un civil qu'ils sont accusés d'avoir exécuté.

>> Avertissement: Même si le visage de la victime est flouté, ces images peuvent choquer

L'un des clichés montre un militaire américain de 23 ans, Jeremy Morlock, tout sourire près du cadavre d'un homme dont il tient la tête par les cheveux pour la montrer à l'objectif. Sur une autre photo, le soldat de 1ère classe Andrew Holmes, 20 ans, est à genoux sur le même cadavre et tient lui-aussi la tête du mort par les cheveux.

L'armée américaine a présenté ses excuses pour «la souffrance que peuvent provoquer de telles photos» et a dénoncé les comportements «répugnants» qu'elles révèlent.

Enquête pour homicide volontaire

Morlock et Holmes figurent parmi cinq militaires américains qui comparaissent devant une cour martiale à la base de Lewis McChord, près de Tacoma, dans l'Etat de Washington. Ces membres de l'unité qui s'était baptisée la «kill team» sont accusés d'avoir assassiné au total trois villageois afghans.

Ils les auraient abattus puis auraient tenté de procéder à une mise en scène pour faire croire qu'ils avaient agi en légitime défense pour se protéger d'une attaque de talibans. Selon Le Guardian, ils auraient coupé un doigt d'une victime comme «trophée». Selon ses avocats, Morlock a accepté de plaider coupable et de témoigner contre ses coaccusés. Ils risquent la peine capitale.

Répercussion diplomatiques

Selon des sources gouvernementales, la diplomatie américaine a tout tenté pour empêcher la publication des photos. Des responsables de l'Otan estiment en effet que le scandale pourrait être aussi grave que celui de la prison d'Abou Ghraïb.

Der Spiegel, qui a apparemment décidé de ne publier que trois photos, en possède plus de 4.000. Selon le magazine, il y aurait de nombreuses autres victimes, en plus des trois pour lesquelles les soldats vont comparaître.

Lundi, jour férié en Afghanistan, les réactions sont restées minimes. Mais la plupart des experts s'attendent à une vague de protestations, mardi, qui pourraient être instrumentalisées par les talibans.