Libye: La Ligue arabe exprime ses réserves sur l'intervention

MONDE Les modalités d'application de la résolution de l'ONU font polémique...

A.S., M.Go et C.C.

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S.SALEM / REUTERS

«L’Aube de l’odyssée» s’est soudain un peu assombrie. Ce dimanche après-midi, le secrétaire général de la Ligue arabe a durement critiqué les raids aériens sur le territoire libyen.

«Ce qui se passe en Libye diffère de l’objectif d’imposition d’une zone d’exclusion aérienne, et ce que nous voulons est la protection des civils et non le bombardement de davantage de civils», a déclaré Amr Moussa, 24h à peine après avoir approuvé les conclusions du sommet de l’Elysée. Sans surprise, la Russie et la Chine, qui s’étaient abstenues au Conseil de sécurité, ont elles aussi critiqué la violence des frappes contre des «cibles non militaires» et l’Union africaine a demandé qu’une solution «africaine» soit trouvée.

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Cependant, ce lundi, lors d'une conférence de presse tenue au Caire avec le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-Moon, Amr Moussa a clarifié sa position. «Nous avons demandé aux Nations unies de mettre en place une zone d'exclusion aérienne et nous respectons la résolution de l'ONU, et il n'y a aucun désaccord», a dit le diplomate égyptien. «Elle vise à protéger les civils et c'est cela qui nous intéresse. Nous allons continuer à oeuvrer pour la protection des civils. Nous appelons tout le monde à prendre cela en considération dans toutes les actions militaires», a conclu Amr Moussa

Convaincre les opinions

Au cœur du malentendu de dimanche: l’article 4 de la résolution 1973 de l’ONU, qui autorise la coalition à faire usage de «tout moyen nécessaire pour protéger les populations». «Le mandat onusien n’est pas clair, relève le général Jean-Vincent Brisset, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques. Une chose est sûre: la résolution va beaucoup plus loin qu’une simple zone d’exclusion aérienne.»

Pour l’armée française, peuvent être visés «les moyens gouvernementaux libyens qui menacent ou peuvent menacer  des civils». Une notion floue. Au-delà de l’interprétation des limites du mandat de l’ONU, le rétropédalage de Amr Moussa est une mauvaise nouvelle pour la coalition qui a fait du soutien des pays arabes une condition indispensable aux hostilités.

«L’un des enjeux est maintenant de convaincre les opinions arabes»

«Leur participation au conflit ne s’est pas encore assez vue», analyse Axel Poniatowski, président de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale. Dimanche, l’armée française a mis en avant le déploiement dans la région de quatre Mirage par le Qatar. La bataille de l’opinion ne fait que commencer. «Après deux semaines de travail diplomatique, l’un des enjeux est maintenant de convaincre les opinions arabes», glisse une source ministérielle. 

Cependant, Abdel Hafiz Ghoga, porte-parole de l'insurrection libyenne, a fait part sur Al-Jazira de son soutien à l'opération militaire alliée, critiquant les propos de Amr Moussa: «Ce dimanche, quand le secrétaire général s'est exprimé, j'ai été surpris». «Quel est le mécanisme qui empêche l'extermination du peuple en Libye, quel est ce mécanisme, monsieur le secrétaire général? Si la protection est civils n'est pas une obligation humanitaire, quel est le mécanisme que vous nous proposez?», a-t-il lancé.