Les Haïtiens élisent leur président, quelques irrégularités signalées

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Près de 5 millions d'électeurs ont voté dimanche pour départager Mirlande Manigat et Michel Martelly au cours du deuxième tour de l'élection présidentielle en Haïti, alors que des irrégularités et des retards étaient constatés dans plusieurs bureaux de vote.

Le scrutin est officiellement clos depuis 16H00 locales (21H00 GMT). Mais à Port-au-Prince, de nombreux bureaux de vote ont ouvert en retard. A l'image du lycée de Pétion-Ville, dans la banlieue de la capitale, où les bureaux de vote ont ouvert à 9H00 locales (14H00 GMT), trois heures après le début officiel de la consultation.

Ces retards ont poussé le Conseil électoral provisoire (CEP) à repousser d'une heure, à 17H00 locales (22H00 GMT), la fermeture des bureaux de vote à Port-au-Prince.

Selon Gaillot Dorsinvil, président du CEP, la participation devrait être légèrement supérieure à celle enregistrée au premier tour, le 28 novembre, lorsqu'à peine 23% des inscrits s'étaient prononcés.

L'inconnue du scrutin reste justement l'abstention, qui pourrait être dopée par le retour en Haïti, deux jours avant le vote, de l'ancien président Jean Bertrand Aristide, toujours très populaire auprès des plus humbles.

M. Aristide, exilé depuis sept ans à l'instigation des pays occidentaux, ne s'est prononcé pour aucun des deux candidats, mais les membres de son parti, exclu du processus électoral pour vice de forme, pourraient avoir boudé les urnes.

Après les fraudes et les violences qui avaient marqué le premier tour du 28 novembre, le président sortant, René Préval, à qui la constitution interdit un troisième mandat, a appelé ses concitoyens au calme. Mais le chef de la Mission de l'ONU en Haïti, Edmond Mulet, s'est félicité du déroulement du scrutin. "Tout se passe dans la paix", a-t-il assuré en visitant un bureau de vote.

"Quelques incidents ont été enregistrés" mais ils n'auront pas d'impact sur l'ensemble de l'opération électorale", a relevé de son côté M. Dorsinvil, qui a estimé que les résultats préliminaires pourraient être annoncés avant la date prévue du 31 mars et les résultats définitifs avant le 16 avril.

Dans certains bureaux de vote, comme à la mairie de Pétion-Ville, les électeurs ont d'abord dû glisser leurs bulletins de vote pour la présidentielle et pour l'élection des députés dans une seule et même urne, avant l'arrivée d'une deuxième urne.

La foule massée devant le lycée de Pétion-Ville a réservé un accueil euphorique à Michel Martelly, favori des sondages, lors de son arrivée peu avant 11H00 locales (16H00 GMT).

"Magouille ou pas magouille, Martelly va être notre président", assurait une femme âgée, au passage du candidat.

"J'appelle la population à voter en masse car comme cela personne ne vous volera votre voix", a lancé M. Martelly.

A Delmas, autre commune proche de la capitale, l'autre candidate, Mirlande Manigat, a également été accueillie avec enthousiasme lorsqu'elle est allée accomplir son devoir électoral. Mais là-bas, des partisans du chanteur ont crié "Martelly Tèt kale" ("crâne chauve" en créole) à Mme Manigat, reprenant le slogan de M. Martelly, qui joue sur son apparence physique.

Au chapitre des incidents, le chanteur Wyclef Jean, sympathisant de Michel Martelly, a affirmé avoir "reçu une éraflure consécutive à un tir" dans la nuit de samedi à dimanche, sans toutefois préciser les circonstances exactes de cet incident.

Wyclef Jean, star mondiale du hip-hop, avait lui même tenté l'an dernier de se présenter à la présidence, mais sa candidature avait été rejetée par le CEP.