Reprise timide à Manama, le pouvoir regrette le refus de dialoguer

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Le quartier des affaires a repris ses activités dimanche à Manama après une semaine de paralysie, au moment où le pouvoir a regretté le refus de l'opposition de dialoguer pour régler la crise à Bahreïn.

A l'appel des autorités, les fonctionnaires sont retournés au travail, mais le secteur privé largement dépendant du tourisme se montrait encore timide après les violences de la semaine dernière.

Les manifestants, qui ont occupé pendant un mois le centre de la capitale, ont été violemment chassés par la police et des figures de l'opposition qui exige une monarchie constitutionnelle, ont été arrêtées.

Le roi Hamad ben Issa al-Khalifa, dont la lignée règne depuis plus de 200 ans sur cet archipel du Golfe, a promis de poursuivre les efforts en vue d'un dialogue mais la situation reste bloquée.

Dans un communiqué, le Conseil des ministres a "regretté la réponse négative" de l'opposition à l'ouverture d'un dialogue visant à trouver des solutions permettant d'éviter de nouvelles manifestations contre la dynastie sunnite des Al-Khalifa au pouvoir dans ce pays à majorité chiite.

"Nous sommes en faveur du dialogue mais nous ne signerons pas des documents de reddition. Nous n'irons pas au dialogue avec une arme sur la tempe", a répliqué devant la presse cheikh Ali Salmane, chef du puissant mouvement de l'opposition chiite Al-Wefaq.

Il a en outre affirmé que 100 personnes étaient toujours portées disparues depuis le début de la contestation le 14 février au cours de laquelle 16 personnes, 12 protestataires et 4 policiers, ont été tuées et des centaines blessées. "Tous les jours nous découvrons qu'il y a de nouveaux morts (...)".

Selon le député de l'opposition Matar Matar, un citoyen chiite, Abdel Rassoul al-Houjairi, a été retrouvé mort dimanche avec des traces de torture sur le corps, un jour après sa disparition.

Dimanche, la circulation était fluide dans le centre de la capitale et de nombreux commerces étaient encore fermés.

"C'est plus calme que d'habitude", a assuré une serveuse dans un café d'un centre commercial luxueux du World Trade Center de Bahreïn. "La plupart des bureaux sont encore fermés".

Le parking du World Trade Center était à moitié plein et des véhicules militaires montaient la garde à l'entrée du quartier des affaires, qui avait dû arrêter ses activités face à l'escalade.

Le 14 mars, l'Arabie saoudite, puissant voisin du petit archipel qui abrite le commandement de la Ve flotte américaine, a dépêché un millier de soldats pour soutenir le régime, et deux jours plus tard la police bahreïnie a chassé les protestataires qui campaient dans le centre de Manama.

Ces violences ont fait au moins cinq morts parmi les manifestants, et coûté la vie à deux policiers. La monarchie a décrété l'état d'urgence, et détruit vendredi un monument de 60 mètres de haut devenu le point de ralliement des manifestants, sur la place de la Perle.

L'instabilité a inquiété les marchés et les agences de notation internationales ont pénalisé la place de Bahreïn, qui a l'ambition de rivaliser dans le domaines des services financiers avec son voisin Dubaï.

Les clients se pressaient dans les banques qui ont rouvert, et les employés avaient à rattraper le retard accumulé.

Selon un gardien d'une grande banque internationale, des employés n'ont pas pu se rendre à leur travail à cause des mesures de sécurité mises en place autour de quartiers chiites. D'autres ont répondu à l'appel à la grève lancé par les syndicats pour protester contre la répression des manifestations.

Enfin, signe d'une exacerbation des tensions entre l'Iran chiite qui soutient la révolte à Manama et le pouvoir bahreïni, Téhéran a demandé à un diplomate bahreïni de quitter l'Iran en représailles à l'expulsion d'un diplomate iranien de Manama.