Obama dans une favela de Rio: "Mais... il n'est pas noir !"

© 2011 AFP

— 

"Mais... il n'est pas noir!", s'exclame Claudio, une pointe de déception dans la voix, après avoir aperçu Barack Obama, saluant de la main les habitants de la favela Cidade de Deus, dans la banlieue ouest de Rio.

Claudio, 35 ans, est noir comme la majorité des gens ici, et il a trouvé le président "pâlot". Il attendait l'arrivée du "premier président noir des Etats-Unis avec impatience", une visite symbolique au Brésil, considéré comme le deuxième pays noir du monde derrière le Nigeria avec 76 millions d'afro-brésiliens.

Tout le quartier a été bouclé par de très nombreux policiers et militaires, et des tireurs d'élite étaient postés sur les toits. L'attente de l'illustre visiteur est mêlée d'espoir dans le bidonville qui a été "maquillé" pour la visite: ordures ramassées, murs repeints, trous dans les rues rebouchés..

"S'il (Obama) est sorti de son pays et a choisi notre communauté, cela veut dire qu'il y aura des améliorations pour la population", déclare optimiste à l'AFP Valeria, une manucure de 31 ans.

"Je n'aurais jamais imaginé voir ici un président américain noir", dit Leila Martiniano, une ouvrière noire de 39 ans.

"La visite du président le plus puissant du monde va changer l'image de violence de notre favela", se réjouit-elle.

La "Cité de Dieu", une favela de 40.000 habitants à l'ouest de Rio, rendue célèbre par un film de 2002 sur l'extrême violence des trafiquants de drogue, a été pacifiée et les narcos en ont été expulsés.

Personne ne sait que Barack Obama a commencé son activité politique comme travailleur social dans les quartiers du sud de Chicago dans les années 80 et certains s'interrogent sur le "but réel" de sa visite.

"Qu'est-ce qu'Obama vient faire ici? Qu'est-ce que ça va nous apporter? C'est comme les hommes politiques brésiliens qui viennent chercher des votes en période d'élection, repartent et nous oublient", s'interroge méfiant, Haroldo, un conducteur de tracteur à la retraite.

Finalement, un hélicoptère survole la zone et des voitures noires arrivent. Dans l'une d'elles aux vitres fermées, le président Obama, fait signe à la foule. Il est accompagné de sa femme et de ses deux filles. Les gens crient "Obama! Obama!".

La maison de la famille de Leila et Claudio est située juste en face de l'école où Obama assiste à un concert de percussions et à une représentation de capoeira (lutte dansée afro-brésilienne) donnés par des jeunes. il y a aussi échangé quelques passes de football avec des enfants de la communauté.

Après cette représentation, fermée au public, qui a duré une demie-heure et avant de repartir dans sa limousine blindée, Obama décontracté, en chemise blanche et pantalon beige, est sorti à pied et a salué de la main les habitants qui avaient le privilège de pouvoir le voir de leur fenêtre.

Des deux extrémités de la rue bouclée par des militaires, où s'étaient massés les habitants des hurlements fusent de toute part: "Obama! Obama!. Certains ont les larmes au yeux d'émotion.

"Ca a été un moment merveilleux. J'espère que cette visite apportera l'espoir à notre population oubliée. Avec Obama, nous sommes sortis des pages policières" des journaux, se félicite Luzinete da Silva, 54 ans.