Yémen: le gouvernement limogé, funérailles massives de manifestants

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Le président yéménite Ali Abdallah Saleh a limogé le gouvernement dimanche alors que des funérailles massives ont eu lieu à Sanaa pour des manifestants tués vendredi dans ce que l'opposition a dénoncé comme un massacre.

La décision de limoger le gouvernement survient alors que les défections de responsables du régime du président Saleh, de plus en plus isolé, se sont accélérées et des dignitaires religieux et tribaux ont appelé les forces de l'ordre à refuser de tirer sur les manifestants.

L'agence officielle Saba a annoncé dans la soirée que le président Saleh a limogé le gouvernement qu'il a chargé d'expédier les affaires courantes jusqu'à la mise en place d'un nouveau gouvernement. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a estimé que ce limogeage n'est pas une solution et appelé à un "dialogue global" au Yémen.

Plus tôt dans la journée, un cortège massif s'est étiré sans incident à Sanaa sur une avenue et dans les rues autour de la Place de l'Université, épicentre de la contestation jusqu'au cimetière où ont été mis en terre plusieurs des 52 manifestants tués vendredi.

Cette tuerie, attribuée à des partisans du régime, a marqué la journée la plus sanglante depuis le début fin janvier de la contestation contre le président Saleh.

"Le sang des martyrs ne sera pas versé en vain", criait la foule dans une ambiance surchauffée, en suivant la procession des cercueils portés par des jeunes sur leurs épaules.

"C'est le président qui a donné l'ordre de tirer", a affirmé l'un des manifestants, Ahmed, qui a dit ne pas croire à la version officielle selon laquelle les tirs n'étaient pas le fait des forces de l'ordre.

L'ambassade du Yémen à Washington a affirmé dans un communiqué que le procureur de Sanaa avait ouvert "une enquête et commencé à interroger 17 suspects accusés d'avoir orchestré les tirs". "Ceux qui ont perpetré cet acte haineux seront poursuivis".

M. Saleh avait regretté la mort des manifestants et décrété un jour de deuil pour les funérailles, sans calmer le ressentiment des opposants qui pensent que le pouvoir a voulu mettre fin au sit-in permanent place de l'Université.

Tous les dirigeants de l'opposition ainsi que les députés indépendants et les représentants de la société civile ont participé aux obsèques.

Ce qui a été dénoncé par l'opposition comme un massacre continuait de provoquer des défections au sein du pouvoir.

La ministre des droits de l'Homme, Houda al-Baan, a annoncé avoir présenté sa démission du gouvernement et du parti au pouvoir, le Congrès populaire général (CPG), devenant le troisième ministre à quitter le cabinet.

Le sous-secrétaire du même ministère, Ali Taysir, a pris la même décision.

Vendredi, le ministre du Tourisme Nabil al-Faqih avait déjà quitté le gouvernement, et avait été précédé par le ministre des Wakfs (Biens religieux), Hammoud al-Hattar.

L'ambassadeur du Yémen à l'ONU Abdallah al-Saïdi a également démissionné de même qu'une autre diplomate, Jamila Raja, pressentie pour être nommée ambassadrice au Maroc.

En outre, 23 députés ont démissionné du parti au pouvoir, qui compte quelque 170 députés sur les 301 au Parlement.

Les dignitaires religieux et les chefs de tribus, piliers du pouvoir, ont appelé les membres des forces de l'ordre à ne pas obéir aux ordres de tirer sur les manifestants et rendu M. Saleh responsable du "massacre" de vendredi.

Ils ont demandé le retrait de la garde républicaine, corps d'élite de l'armée, de Sanaa et le démantèlement de la Sûreté publique, la police du régime, au moment où les manifestations ont continué malgré l'état d'urgence décrété vendredi.

L'union des écrivains a crié son indignation pour "le spectacle des morts" accusant le régime.

Le patronat a ajouté sa voix aux critiques du régime, l'Union des chambres de commerce et de l'industrie dénonçant le climat de "corruption et de népotisme qui ne favorise pas les affaires".