Japon: deux miraculés du séisme retrouvés, équipements non réactivés à Fukushima

© 2011 AFP

— 

Une grand-mère et son petit-fils ont été secourus dimanche, neuf jours après le séisme le plus meurtrier au Japon depuis 1923, tandis que les efforts pour refroidir les réacteurs à la centrale nucléaire de Fukushima rencontraient de nouvelles difficultés.

Les deux survivants, Sumi Abe, 80 ans, et Jin Abe, 16 ans, ont eu la chance de se trouver dans la cuisine lorsque leur maison s'est effondrée le 11 mars. Ils ont ainsi pu se nourrir en vidant le réfrigérateur, notamment de yaourts, selon le récit des secouristes.

"Ils ont été découverts sous des débris cet après-midi. Ils étaient en légère hypothermie, mais conscients", a indiqué un porte-parole de la police d'Ishinomaki, l'une des villes les plus affectées par le séisme et le tsunami.

Les espoirs de retrouver des survivants, déjà rares dans les plus premiers jours suivant la catastrophe, sont désormais extrêmement ténus.

Le bilan du séisme et du tsunami, toujours provisoire, a dépassé dimanche soir les 21.000 morts et disparus, avec 8.450 décès confirmés par la police.

"Nous aurons besoin d'équipements pour plus de 15.000 corps", a déclaré le chef de la police de la préfecture de Miyagi, l'une des plus touchées par la catastrophe.

Le Premier ministre japonais, Naoto Kan, prévoit de se rendre lundi matin dans la ville meurtrie d'Ishinomaki pour écouter des rescapés, avant de rencontrer les pompiers et techniciens regroupés sur un site situé à une vingtaine de kilomètres de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima 1 où ces sauveteurs s'activent depuis des jours.

L'état de cette installation, qui compte six réacteurs, continuait à inspirer une vive inquiétude dimanche.

Le gouvernement a annoncé qu'elle ne serait plus jamais utilisée. Si cette décision était entérinée par l'opérateur privé Tokyo Electric Power (Tepco), Fukushima deviendrait la plus grande ruine nucléaire du monde, devant Tchernobyl qui ne comptait que quatre réacteurs achevés au moment de l'accident en 1986.

Avant d'être laissée à l'abandon, la centrale de Fukushima 1 doit cependant être remise sous contrôle, le combustible nucléaire qu'elle enferme menaçant d'entrer en fusion et de laisser s'échapper d'importants rejets radioactifs.

Les équipes techniques s'activent depuis des jours pour tenter de relancer les systèmes de refroidissement, hors service depuis que le tsunami les a privés de courant.

Une nouvelle ligne électrique a été tirée jusqu'au réacteur 2, mais de nombreuses vérifications sont nécessaires avant de relancer un à un les équipements.

L'opération "va prendre plus de temps. Nous ne savons pas quand nous pourrons essayer de rétablir les systèmes", a déclaré Naohiro Omura, porte-parole de Tepco.

En attendant, les sauveteurs multiplient les opérations de refroidissement au canon à eau, intensifiées depuis samedi notamment au pied du réacteur 3, de loin le plus inquiétant, car très endommagé par une explosion et chargé en combustible MOX, un mélange d'oxydes d'uranium et de plutonium dont les rejets sont particulièrement nocifs.

Sept secouristes de Fukushima ont déjà été exposés à des niveaux de radiations supérieurs à 100 millisieverts, le seuil à partir duquel augmente le risque de développer un cancer plus tard.

A l'extérieur de la zone d'exclusion de 20 km autour de la centrale, des teneurs en substances radioactives été relevés à nouveau dimanche dans du lait, des épinards et d'autres végétaux en différents endroits, selon les mesures effectuées par les autorités japonaises.

Les autorités ont multiplié les déclarations rassurantes et appelé les Japonais, très sensibles aux questions de qualité alimentaire, à garder leur calme.

A cela s'ajoutent les craintes que les pluies, tombées dimanche, n'entraînent des retombées radioactives.

Le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano, a affirmé que les niveaux de radioactivité mesurés jusqu'à présent dans les aliments, l'eau du robinet, les précipitations et poussières n'entraînaient pas d'inquiétudes sanitaires.

Selon l'Agence de météorologie japonaise, le vent devrait souffler vers le sud lundi, une orientation ennuyeuse pour la populeuse agglomération de Tokyo, située à un peu moins de 250 km au sud-ouest de Fukushima.

Par ailleurs, des traces radioactives ont été décelées dimanche à Taïwan sur des fèves importées du Japon, mais les teneurs en césium 137 et en iode 131 mesurées sont bien inférieures aux niveaux autorisés.

Dans le Nord-Est, la situation humanitaire demeure précaire pour les quelque 400.000 sinistrés du séisme et du tsunami, confrontés aux risques sanitaires ainsi qu'aux pénuries d'eau courante et d'électricité dans certains centres d'hébergement.

"Le gouvernement a jusqu'à présent demandé la construction d'au moins 30.000 maisons préfabriquées", a indiqué un porte-parole de l'entreprise Daiwa House, Takafumi Nakao.

Selon l'ONG Save the Children, quelque 100.000 enfants ont été déplacés par ce qui est désormais la pire catastrophe naturelle ayant frappé l'archipel depuis le séisme de la région de Tokyo en 1923.

"Nous avons trouvé des enfants dans des conditions désespérées, blottis autour de lampes à pétrole ou enveloppés dans des couvertures", a raconté le porte-parole de Save the Chidren, Ian Woolverton, qui a visité plusieurs abris.

"Ils m'ont parlé de leurs angoisses, en particulier leur peur des radiations", a-t-il ajouté, précisant que plusieurs d'entre eux avaient évoqué les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, dont ils ont appris l'histoire à l'école.