Haïti élit son président, irrégularités constatées dans des bureaux de vote

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Près de 5 millions d'électeurs ont commencé dimanche à départager Mirlande Manigat et Michel Martelly au cours du deuxième tour de l'élection présidentielle en Haïti, alors que des irrégularités étaient constatées dans plusieurs bureaux de vote.

"J'ai constaté beaucoup de changements par rapport au (premier tour du) 28 novembre. La participation est plus élevée", a observé le chef de la Mission de l'ONU en Haïti (Minustah), Edmond Mulet, en visitant un bureau de vote à Pétion-Ville, dans la banlieue de Port-au-Prince, qui a ouvert avec trois heures de retard.

M. Mulet a reconnu "des retards et des petits problèmes" dans les opérations électorales, assurant qu'ils venaient "d'être corrigés". "Tout se passe dans la paix", a-t-il assuré.

Mais l'inconnue du scrutin reste l'abstention, qui pourrait être dopée par le retour en Haïti de l'ancien président Jean Bertrand Aristide, deux jours avant le vote.

M. Aristide, exilé depuis sept ans à l'instigation des pays occidentaux, ne s'est prononcé pour aucun des deux candidats, mais ses partisans, et singulièrement les membres de son parti, exclu du processus électoral pour vice de forme, pourraient bouder les urnes.

La foule a crié des slogans favorables au chanteur populaire Michel Martelly lorsque les portes du centre électoral ont fini par s'ouvrir. Même scène à Delmas, autre commune proche de la capitale, lorsque l'autre candidate, Mirlande Manigat, a accompli son devoir électoral.

"Martelly Tèt kale" ("crâne chauve" en créole) ont lancé des partisans du chanteur à la face de Mme Manigat, reprenant le slogan de M. Martelly, qui joue sur son apparence physique et semble dominer dans les sondages.

Le président sortant, René Préval, à qui la constitution interdisait de se représenter, a appelé au calme en se rendant aux urnes. "Je demande aux gens de rester calmes pour que la journée électorale se passe bien", a-t-il déclaré.

Dans un autre centre de vote de Pétion-Ville, des irrégularités ont été signalées avant même l'ouverture du scrutin à 6H00 locales (11H00 GMT).

"Il doit y avoir deux urnes, une pour l'élection présidentielle, l'autre pour l'élection des députés, mais nous n'avons trouvé qu'une seule urne par bureau de vote", a expliqué à l'AFP la présidente de ce centre de vote, Islande Leconte.

Mme Leconte a donné pour consigne de mélanger les bulletins des deux scrutins dans la même urne.

Une électrice ne faisait pas mystère de ses intentions: "Je vais voter pour Martelly. Manigat a 70 ans, c'est en chaise roulante qu'elle devrait être".

Mme Manigat, universitaire et ancienne première Dame d'Haïti, dispose d'une plus grande expérience politique que son rival mais manque de charisme. Ses soutiens n'hésitent pas à la dépeindre en "maman du peuple".

Dans la capitale comme dans le reste du pays, les plus de 11.000 bureaux de vote sont sous la surveillance de 23.000 policiers et de Casques bleus de la Minustah.

Environ 200 observateurs internationaux sont postés aux urnes, afin de prévenir des fraudes, massives au cours du premier tour en novembre dernier. Les résultats du premier tour annoncés début décembre avaient donné lieu à des violences qui ont fait plusieurs morts.

Les résultats préliminaires seront annoncés le 31 mars et les résultats définitifs le 16 avril.