L'ex-président Aristide rentre en Haïti avant la présidentielle

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L'ex-président haïtien Jean Bertrand Aristide a quitté jeudi soir l'Afrique du Sud, où il a vécu en exil pendant sept ans, pour rentrer au pays avant l'élection présidentielle de dimanche en dépit des réticences de la France et des Etats-Unis.

L'avion, un jet de 15 places immatriculé ZS-ZBB, a décollé à 23h14 (21h14 GMT) de l'aéroport de Lanseria, à la périphérie de Johannesburg, a constaté un correspondant de l'AFP.

M. Aristide s'était dit "ravi de rentrer" en Haïti avant de monter à bord, accompagné notamment de son épouse Mildred, de ses deux filles et de l'acteur américain Danny Glover ("La Couleur pourpre", "L'Arme fatale"), venu lui apporter son soutien.

"Le grand jour est arrivé", a déclaré M. Aristide devant des journalistes, remerciant le gouvernement sud-africain, le président Jacob Zuma, l'ex-président Thabo Mbeki, "notre cher Madiba" (Nelson Mandela) et ses "frères et soeurs d'Afrique du Sud".

Docteur en langues africaines de l'Université d'Afrique du Sud (Unisa), l'ex-président s'est exprimé en zoulou, la langue de M. Zuma, pour cette courte déclaration.

Jean Bertrand Aristide, 57 ans, avait été évincé du pouvoir en février 2004 sous la pression conjuguée d'une insurrection armée, des Etats-Unis et de la France. Il vivait depuis à Pretoria, où il travaillait au département de neuro-linguistique de l'Unisa.

Ancien prêtre se réclamant de la théologie de la libération, il reste très populaire auprès des plus humbles dans son pays grâce à un discours populiste, même s'il a par deux fois été chassé de la présidence haïtienne.

Washington et Paris l'ont exhorté en vain à différer son retour, craignant qu'il ne perturbe le second tour de l'élection présidentielle entre l'ancienne Première dame Mirlande Manigat et le chanteur populaire Michel Martelly.

Le président américain Barack Obama a dit à son homologue sud-africain son inquiétude de voir M. Aristide rentrer d'exil avant le scrutin, a indiqué jeudi la Maison Blanche.

Plusieurs citoyens américains accompagnaient l'ex-président dans le jet privé, dont Danny Glover. "On a une longue histoire commune. Il est mon ami et je soutiens son retour pour qu'il puisse aider le peuple haïtien à reconstruire le pays", a déclaré le comédien à l'AFP.

Jean Bertrand Aristide "essaie de rentrer en Haïti depuis sept ans, ce n'est pas une décision de dernière minute", a affirmé son avocat, Ira Kurzban.

Il n'a pas l'intention de se relancer en politique, a insisté l'avocat: "Il a clairement fait savoir que son but est de s'impliquer dans le secteur éducatif".

"Ma priorité, c'est d’investir dans l'humain et l'éducation", déclarait récemment l'ancien prêtre dans une interview à une journaliste indépendante en Afrique du Sud.

"La Constitution (haïtienne) accorde au président deux mandats de cinq ans, non consécutifs", soulignait-il. "Il faut respecter l'esprit de la Constitution: j'ai fini mes deux mandats".

Les deux candidats à la présidence ont fait savoir qu'ils n'avaient aucune objection à son retour, même s'ils l'auraient préféré après le scrutin.

Son retour pourrait en effet donner l'occasion à ses partisans, et singulièrement à son parti "Fanmi Lavalas" ("La famille Lavalas", en français) de se faire entendre, alors qu'ils ont été exclus des élections.

Le parti a appelé ses sympathisants à un rassemblement vendredi devant l'aéroport international de la capitale haïtienne pour accueillir M. Aristide.