L'Italie fête les 150 ans de son unification dans... la division

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L'Italie a célébré jeudi le 150ème anniversaire de son unification en fanfare mais dans la division en raison des velléités autonomistes voire séparatistes dans le nord du pays.

"Nous fêtons le meilleur de notre histoire. Si, nous les Italiens, étions restés divisés en huit petits Etats, nous aurions été balayés par l'histoire, nous ne serions jamais devenus un grand Etat européen", a déclaré le président de la République Giorgio Napolitano sous les applaudissements nourris.

Plus tard devant le Parlement, il a remercié tous ceux qui avaient participé aux festivités marquées selon lui par "la fierté, la confiance et l'unité nationale".

"Il y a d'énormes divisions mais le désir d'être une nation unique reste là, malgré les polémiques dans le nord du pays", a déclaré à l'AFP le prince Emanuele Filiberto, petit-fils du dernier roi d'Italie (Humbert II) et héritier du trône des Savoie, famille bannie d'Italie jusqu'en 2002 pour sa collaboration avec le fascisme.

Le prince s'est s'incliné jeudi à Rome, sur la tombe de son aïeul Victor-Emmanuel II au Panthéon, aux côtés de M. Napolitano et du chef du gouvernement Silvio Berlusconi, qui ont rendu hommage aussi au héros de l'unité italienne, Giuseppe Garibaldi.

Le 17 mars 1861, Victor-Emmanuel II fut proclamé roi d'Italie, premier chef d'Etat de la nouvelle nation débarrassée de ses multiples occupants étrangers.

Pour marquer cette journée historique, les monuments ont été illuminés ou pavoisés aux couleurs nationales. Même le sommet de l'Etna, en Sicile, a eu droit à son drapeau tricolore.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des milliers d'Italiens, le visage peint en vert blanc rouge, ont fait la fête en brandissant le drapeau national. A Rome, ils étaient quelque 100.000 à déambuler dans le centre historique et à écouter les airs d'opéra de Verdi ou Puccini joués en plein air.

Dans un message adressé à M. Napolitano, le président américain Barack Obama a rendu hommage au "courage, au sacrifice et à la vision des patriotes qui ont donné naissance à la nation italienne".

De son côté, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a remercié "l'Italie et les Italiens pour leur contribution à la création de l'Europe et des Européens".

Pour l'occasion, le musée californien Paul Getty a restitué la Vénus de Morgantine, un magnifique marbre de 2,20 mètres de haut, objet d'un litige juridique depuis trente ans et symbole de la lutte de l'Italie pour récupérer ses trésors archéologiques volés et disséminés à l'étranger.

Mais malgré la fête, la ferveur patriotique n'est pas de mise partout et même M. Berlusconi -qui a été sifflé par des spectateurs venus assister aux cérémonies- a été accusé de traîner les pieds pour ne pas froisser son indispensable allié la Ligue du nord.

Le seul fait de déclarer le 17 mars jour férié a suscité la polémique. Des membres de la Ligue, née il y a une vingtaine d'années sur l'idée d'une sécession du nord mais qui compte maintenant une demi-douzaine de ministres à Rome, ont ostensiblement boycotté l'hymne national.

"Qui jure sur la Constitution et le drapeau doit être cohérent: ou il rentre chez lui ou le président du Conseil doit en tirer les conséquences", a réagi le chef du principal parti d'opposition, le Parti démocrate, Pier Luigi Bersani.

Mais la contestation n'est pas venue que du nord. Un petit parti politique, Noi sud (Nous le Sud) a estimé que le Mezzogiorno (midi) "n'avait pas grand chose à fêter, alors que le fossé économique qui le sépare du reste du pays n'a pas changé".

Et à Lampedusa, minuscule île au sud de la Sicile, le maire a mis le drapeau national en berne pour protester contre le manque d'aide de Rome face à l'afflux ces dernières semaines de milliers de migrants illégaux en provenance de Tunisie.