Pakistan: un drone américain tue 35 personnes, dont des civils et policiers

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Au moins 35 personnes, dont des civils et des policiers, ont été tuées jeudi par les missiles d'un drone américain dans le nord-ouest du Pakistan, où ces avions sans pilote de la CIA prennent régulièrement pour cible Al-Qaïda et les talibans, selon Islamabad.

Cette attaque, la plus meurtrière en trois ans, est la septième en neuf jours.

Elle survient au lendemain de la libération controversée d'un Américain de la CIA qui avait tué deux jeunes Pakistanais fin janvier.

Le drone a visé jeudi un centre d'entraînement des talibans alliés à Al-Qaïda dans leur bastion du district tribal du Waziristan du Nord, ont annoncé à l'AFP des officiers de l'armée et du renseignement pakistanais, tous sous couvert de l'anonymat.

Quatre missiles ont pulvérisé une bâtisse du lieu-dit New Adda, sur la commune de Datta Khel.

"Je condamne vigoureusement cette attaque de drone qui a visé une jirga (assemblée traditionnelle) et dans laquelle plusieurs anciens ("sages" ou chefs tribaux) ainsi que des policiers tribaux ont péri", a déclaré dans un communiqué Syed Masood Kausar, le gouverneur de la province de Khyber-Pakhtunkhwa, nommé par le gouvernement fédéral.

"Au moins 35 personnes, des insurgés islamistes pour la plupart, ont péri mais il y a aussi des civils", a assuré à l'AFP un haut responsable militaire, sous couvert d'anonymat.

"On nous a rapporté que des civils étaient présents dans le centre d'entraînement, ils étaient venus rencontrer les talibans pour résoudre une querelle", a expliqué un de ses pairs.

Les zones tribales, frontalières avec l'Afghanistan, sont le bastion des talibans pakistanais, le principal sanctuaire dans le monde d'Al-Qaïda et la base arrière des talibans afghans.

Les talibans pakistanais, qui ont fait allégeance à Al-Qaïda, sont les principaux responsables de la vague de quelque 450 attentats, des attentats suicide pour la plupart, qui ont fait plus de 4.100 morts dans tout le pays en trois ans et demi.

Leurs camps d'entraînement dans les zones tribales --notamment pour les kamikazes-- sont également utilisés par Al-Qaïda, qui y a préparé des attentats et tentatives perpétrés aux Etats-Unis et en Europe.

A l'unisson d'Oussama Ben Laden en personne, ils avaient décrété à l'été 2007 le jihad, la "guerre sainte", contre Islamabad pour son soutien à la "guerre contre le terrorisme" de Washington depuis fin 2001.

Entamée en 2004, la campagne des drones de la CIA s'est nettement intensifiée depuis l'été 2008 et les salves sont devenues ces derniers mois quasi-quotidiennes.

En 2010, une centaine de tirs ont fait plus de 670 morts, selon les responsables militaires.

La salve de missiles de jeudi est la plus meurtrière depuis l'été 2008, après une attaque massive d'une dizaine de drones le 2 février, qui avaient fait 31 morts dans la même zone.

Elle intervient au lendemain de la libération de Raymond Davis, un contractuel de la CIA qui a tué de plusieurs balles, le 27 janvier à Lahore (est), deux jeunes motocyclistes dont il assurait qu'ils s'apprêtaient à le détrousser, une thèse réfutée par les enquêteurs.

Washington, le président Barack Obama en tête, invoquait son "immunité diplomatique" mais, au terme de longues tergiversations d'Islamabad, il a été libéré par un tribunal après le paiement aux familles des deux victimes de la "diya", le "prix du sang", une compensation aux héritiers prévue par la loi islamique.

Cette décision-surprise a déclenché la colère au sein d'une opinion publique très majoritairement anti-américaine. Des partis et groupes fondamentalistes, qui ont organisé jeudi quelques petites manifestations, appellent à une mobilisation massive vendredi.

"L'ambassade des Etats-Unis et les consulats seront fermés vendredi pour les tâches de routine" en raison des appels à manifester, a déclaré jeudi à l'AFP un porte-parole de la représentation américaine.