Sous pression de l'opinion, les Palestiniens Abbas et Haniyeh jouent l'air de l'unité

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La pression populaire palestinienne, relayée par de jeunes internautes, a contraint le Fatah et le Hamas à tenter de reprendre la voie de la réconciliation, mais la sincérité de leurs intentions reste à démontrer, selon analystes et militants.

Le président palestinien Mahmoud Abbas s'est dit mercredi "prêt à aller demain à Gaza pour mettre fin à la division et former un gouvernement de personnalités nationales indépendantes (...) pour préparer des élections présidentielle, législatives et au Conseil national dans les six mois".

"Je demande au frère Ismaïl Haniyeh (chef du gouvernement du Hamas à Gaza, NDLR) de prendre les dispositions nécessaires pour organiser cette visite en coordination et en concertation avec les autres mouvements et la population de la bande de Gaza pour m'accueillir (...) dans les 2, 3 ou 4 prochains jours afin de tourner cette page noire et honteuse de la division", a-t-il dit.

Cette annonce intervient après des mois de stagnation des discussions sur la réconciliation entre le Fatah de M. Abbas, en charge des zones autonomes de Cisjordanie, et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis qu'il en a chassé les forces de l'Autorité palestinienne en juin 2007.

"Que cela soit l'invitation de Haniyeh à Abbas à Gaza ou l'initiative d'Abbas qui se dit prêt à aller à Gaza, tout est parti de l'activité des jeunes de Facebook", indique à l'AFP Talal Okal, un analyste politique basé à Gaza, en référence aux organisateurs des manifestations qui ont rassemblé des dizaines de milliers de Palestiniens mardi pour "la fin de la division".

Le Hamas s'est "félicité" de la réponse positive de M. Abbas à l'invitation que lui avait lancée mardi M. Haniyeh à Gaza, où le dirigeant palestinien n'a pas remis les pieds depuis mai 2007, afin d'entamer "un dialogue national global", en réponse à cette mobilisation.

Mais M. Okal ne s'attend "pas à ce qu'il en sorte quoi que ce soit, cela dépendra encore d'une immense pression populaire sur les deux camps".

"Nous saluons l'initiative du président et la réponse du Hamas mais nous pensons que la pression doit s'intensifier pour que la réconciliation puisse être prise au sérieux", a approuvé Samah Rawah, une des organisatrices des rassemblements unitaires à Gaza.

"Nous considérons que les deux camps ont commencé à bouger mais cela ne veut pas dire que nous avons atteint nos objectifs, ce ne sont que des initiatives qui ne se sont pas encore traduites en actes", a-t-elle relevé.

Samir Awad, professeur de science politique à l'Université de Bir Zeit, près de Ramallah, estime que "l'annonce d'Abbas est un développement majeur".

"Mais je ne pense pas qu'il y ait de véritable réponse de l'autre côté", a-t-il indiqué, utilisant la formule "il faut être deux pour danser le tango".

Le Hamas a salué la proposition de M. Abbas, mais titré sur son site internet: "Abbas pose des conditions à sa visite".

"Le Hamas a accueilli favorablement la visite mais pas l'initiative. Le Hamas veut une visite pour ouvrir le dialogue, pas pour former un gouvernement", selon l'analyste politique Khalil Chahine, basé en Cisjordanie.

"Le Hamas redoute d'aller aux élections sans un accord sur les autres questions politiques", analyse-t-il, considérant que le mouvement islamiste, vainqueur du dernier scrutin palestinien en date, les élections législatives de 2006, ne remettra pas sa légitimité en jeu sans d'importantes contreparties.