Le Laos, arrière-cour de la Chine et du Vietnam, renouvelle sa hiérarchie

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Le parti communiste au pouvoir au Laos s'est réuni jeudi pour cinq jours pour renouveler sa hiérarchie, un exercice d'équilibrisme entre différents clans sous influence des puissants voisins communistes, la Chine et le Vietnam.

Selon la presse officielle, 576 délégués représentant les 190.000 membres du Parti populaire révolutionnaire lao (PPRL) se sont retrouvés en banlieue de Vientiane, une capitale parée pour l'occasion de banderoles rouges flanquées de la faucille et du marteau.

Ils doivent désigner un nouveau Comité central et un Politburo, centre névralgique du pouvoir à la tête duquel siège le secrétaire général du parti, Choummaly Sayasonne, 75 ans, favori pour sa propre succession.

Le régime avait surpris tout le monde en décembre dernier, avec la démission du Premier ministre Bouasone Bouphavanh, en poste depuis 2006, et la nomination de Thonsing Thammavong, président de l'Assemblée nationale.

En l'absence d'explication officielle, les analystes évoquent l'hypothèse d'un rééquilibrage en faveur des clans pro-vietnamiens du parti et de ceux qui s'inquiètent du rouleau compresseur des investissements chinois.

"Certains y ont vu une victoire des pro-vietnamiens sur les pro-chinois", a souligné un observateur étranger.

Depuis leur conquête du pouvoir en 1975, les communistes laotiens ont conservé des liens privilégiés avec leur frères du Parti communiste vietnamien (PCV).

Et Thonsing, qui a réservé sa première visite à l'étranger au Vietnam, "en bon petit soldat du parti, est plus proche du Vietnam que Bouasone", estime Martin Stuart-Fox, spécialiste australien du Laos.

Depuis quelques années, la Chine a considérablement accru son influence économique dans un pays dont il guigne les ressources naturelles ainsi que l'accès à la Thaïlande.

Et dans cette lutte d'influence pour ce petit pays de quelque 6 millions d'habitants, "plus la présence chinoise est grande, plus les Vietnamiens deviennent nerveux", ajoute Stuart-Fox.

"Bien sûr, le Vietnam est préoccupé par l'influence politique et économique croissante de la Chine au Laos", a confirmé Nguyen Duc Thanh, ex-colonel de l'armée vietnamienne et membre du PCV.

"Le Laos a un rôle stratégique extrêmement important pour la sécurité et l'intégrité territoriales du Vietnam", a-t-il ajouté. "Géographiquement, ce pays est décrit comme l'arrière-cour du Vietnam".

Sur les cinq dernières années, Hanoi est malgré tout dans le trio de tête des investisseurs étrangers, avec Chine et Thaïlande. Et Choummaly, qui "a la confiance des Vietnamiens", pourrait conserver son poste de numéro un, pronostique l'observateur étranger.

Le congrès doit aussi, d'ici lundi, adopter un projet économique pour la période 2011-2015. Alors que le pays connaît une croissance annuelle d'au moins 7% depuis des années, il vise à sortir de la liste des Pays les Moins Avancés d'ici 2020.

Mais les défis sont colossaux. L'écart entre riches et pauvres ne cesse de s'accroître et le régime devra prouver qu'il peut "assurer une croissance qui bénéficie équitablement à toute la population", estime Leik Boonwaat, résident permanent de l'ONU à Vientiane par intérim.

En 2006, lors du dernier congrès, l'accession au sommet de Choummaly avait été la seule évolution politique notable. Cette fois encore, deux mois après le congrès du PCV à Hanoï, lui aussi placé sous le signe de la stabilité, nul ne s'attend à une révolution.

"Fondamentalement, tout restera inchangé", assure un diplomate vietnamien à Hanoï.