L'Italie fête les 150 ans de son unification dans... la division

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L'Italie a célébré jeudi le 150ème anniversaire de son unification en fanfare mais dans la division en raison des velléités autonomistes voire séparatistes dans le nord du pays, une situation qui chagrine celui qui aurait pu être aujourd'hui roi d'Italie.

"Il y a d'énormes divisions mais le désir d'être une nation unique reste là, malgré les polémiques dans le nord du pays", a déclaré à l'AFP le prince Emanuele Filiberto, petit-fils du dernier roi d'Italie (Humbert II) et héritier du trône des Savoie, famille bannie d'Italie jusqu'en 2002 pour sa collaboration avec le fascisme.

Le prince, mari de l'actrice française Clotilde Courau, s'est s'incliné jeudi à Rome, sur la tombe de son aïeul Victor-Emmanuel II au Panthéon, aux côtés du président de la République Giorgio Napolitano et du chef du gouvernement Silvio Berlusconi. Hommage a été rendu aussi au héros de l'unité italienne, Garibaldi.

Le 17 mars 1861, Victor-Emmanuel II fut proclamé roi d'Italie, premier chef d'Etat de la nouvelle nation débarrassée des occupants étrangers (Autrichiens, Français, Espagnols...).

Pour marquer cette journée historique, les monuments ont été illuminés aux couleurs nationales, comme l'Autel de la Patrie élevé à la gloire de Victor-Emmanuel II, le Ponte Vecchio à Florence ou la Mole Antonelliana a Turin, qui fut la première capitale de l'Italie.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des milliers d'Italiens, le visage peint en vert blanc rouge, ou les mains brandissant le drapeau national, ont fait la fête.

A Rome, ils étaient quelque 100.000 personnes à déambuler dans le centre historique et écouter les airs d'opéra de Verdi ou Puccini joués en plein air.

"Nous fêtons le meilleur de notre histoire. Si nous les Italiens étions restés divisés en huit petits Etats, nous aurions été balayés par l'histoire, nous ne serions jamais devenus un grand Etat européen", a déclaré M. Napolitano sous les applaudissements nourris.

Mais malgré la fête, la ferveur patriotique n'est pas de mise partout et même M. Berlusconi -qui a été accueilli par des sifflets de spectateurs venus assister aux cérémonies- a été accusé de traîner les pieds pour ne pas froisser son indispensable allié la Ligue du nord.

Le seul fait de déclarer le 17 mars jour férié a suscité la polémique. Mario Borghezio, député européen de la Ligue, a qualifié cette date de "journée de deuil" et les employés municipaux d'une petite commune de la province de Bergame (nord-est) ont tenu à venir travailler...

Des membres de la Ligue, née il y a une vingtaine d'années sur l'idée d'une sécession du nord mais qui compte maintenant une demi-douzaine de ministres à Rome, ont ostensiblement boycotté l'hymne national.

Alors que tous les médias se sont mis au couleurs du drapeau (cocarde pour les présentateurs à la télévision, "unes" tricolores pour les journaux), la Padanie, organe de la Ligue proclamait "150 ans de centralisme, quel gaspillage!".

"L'attitude de la Ligue envers le 150e anniversaire offense l'Etat mais surtout la mémoire de nos pères qui donnèrent leur vie pour que notre pays soit uni", a dénoncé le chef du parti d'opposition Italie des Valeurs, Antonio Di Pietro.

Mais la contestation n'est pas venue que du nord. Un petit parti politique, Noi sud (Nous le Sud) a estimé que le Mezzogiorno (midi) "n'avait pas grand chose à fêter, alors que le fossé économique qui le sépare du reste du pays n'a pas changé". "L'Italie est encore à deux vitesses, Quand le sud aura été libéré, alors nous serons heureux de faire la fête", a déclaré l'un de ses responsables Arturo Iannaccone.