Bahreïn: allègement du couvre-feu, arrestations dans les rangs de l'opposition

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Les autorités bahreïnies ont allégé le couvre-feu dans le centre de Manama, qui sera désormais imposé de 20H00 à 04H00 locales (17H00 à 01H00 GMT), a annoncé jeudi la télévision d'Etat.

Un couvre-feu dans certains quartiers de la capitale est en vigueur depuis mercredi, au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence dans le pays pour trois mois par le roi Hamad ben Issa Al Khalifa.

A l'ouest de Manama, la police bahreïnie a ouvert le feu sur des manifestants dans le village chiite de Deih, a affirmé à l'AFP un défenseur des droits de l'Homme qui se trouvait sur place.

Six figures de l'aile dure de l'opposition ont été arrêtées à Bahreïn, au lendemain de la répression sanglante de manifestants à Manama, au moment où Washington appelait à une solution politique.

Les banques et beaucoup de commerces sont restés fermés jeudi à Manama, de même que les écoles jusqu'à nouvel ordre, alors que des troupes étaient postées dans le district financier abritant la plupart des compagnies internationales.

La circulation était fluide dans la capitale, où un couvre-feu est en vigueur depuis mercredi dans certains quartiers de 16H00 à 04H00 locales (13H00 à 01H00 GMT), au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence dans le pays pour trois mois par le roi Hamad ben Issa Al Khalifa.

Les personnes arrêtées sont cinq figures radicales chiites, dont certaines ont appelé à la chute de la monarchie, et un opposant de gauche sunnite. "Ils ont tous été arrêtés dans la nuit", a déclaré jeudi à l'AFP Khalil Marzouk, député du puissant mouvement chiite al-Wefaq.

La répression des manifestants campant sur la place de la Perle depuis le 19 février, a été ordonnée après l'arrivée dans ce petit royaume du Golfe à majorité chiite de renforts armés des voisins saoudien et émirati pour aider la dynastie sunnite des Al Khalifa à contenir la contestation chiite.

L'assaut a été lancé mercredi par les forces anti-émeutes qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et de fusils de chasse. Trois manifestants et deux policiers ont été tués.

Les autorités ont notamment arrêté Hassan Machaimaa, secrétaire général du Haq, un mouvement interdit chiite, qui a regagné Manama fin février après une grâce royale, le militant Abdeljalil al-Singace, souffrant d'une paralysie des jambes, également libéré fin février après une détention de six mois et Abdelwahab Hussein, chef du Wafa, un petit groupe chiite radical.

Les mouvements Haq et Wafa avaient appelé le 9 mars à l'instauration d'une "république démocratique" à Bahreïn, alors que le Wefaq chiite réclame uniquement des réformes et n'a jamais appelé au renversement de la monarchie.

Le secrétaire général de Waad, un groupe de gauche, Ibrahim Chérif, un sunnite, a été aussi interpellé.

"Une quarantaine d'hommes sont arrivés vers 02H00 du matin. L'un d'eux a mis son revolver sur la tempe de mon mari et l'a emmené sans même nous donner le temps d'appeler son avocat", a déclaré à l'AFP Farida Ghoulam, son épouse.

Le soulèvement réprimé à Bahreïn, siège de la Ve flotte américaine, et l'intervention de troupes de la région inquiètent la communauté internationale, Etats-Unis en tête, et ont été par ailleurs dénoncés par plusieurs pays à majorité chiite dont l'Iran qui a rappelé son ambassadeur à Bahreïn.

Le président américain Barack Obama a exprimé aux roi saoudien et bahreïni sa "profonde inquiétude" au sujet des violences à Bahreïn lors d'appels téléphoniques mercredi. Il a aussi souligné "l'importance d'un processus politique comme seule façon de répondre aux demandes légitimes des Bahreïnis".

Sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton a de son côté jugé que les Etats du Golfe qui ont envoyé des troupes à Bahreïn étaient "sur la mauvaise voie".

Le Premier ministre britannique David Cameron s'est également entretenu au téléphone avec le roi de Bahreïn pour l'appeler à répondre aux manifestations "par des réformes et non par la répression", après que Londres eut appelé ses ressortissants à quitter le royaume.

Les protestataires exigent des réformes politiques, voire, pour certains, le départ de la dynastie sunnite qui gouverne le pays depuis plus de 200 ans. Celle-ci a proposé aux opposants un dialogue mais ils ont exigé au préalable la démission du gouvernement.

Enfin, l'ONU a dénoncé la "prise d'assaut" des hôpitaux et centres médicaux à Bahreïn, après que des militants eurent accusé la police d'empêcher la veille les blessés d'accéder aux hôpitaux et de frapper les médecins.