Les perdants de Lampedusa

TUNISIE Tous les candidats à l'immigration ne parviennent pas à traverser...

Alexandre Sulzer, envoyé spécial en Tunisie

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Les parents d'Atif, 19 ans, mort lors d'un naufrage alors qu'il tentait de rallier l'île italienne de Lampedusa
Les parents d'Atif, 19 ans, mort lors d'un naufrage alors qu'il tentait de rallier l'île italienne de Lampedusa — Alexandre Sulzer / 20minutes.fr

Fatima est inconsolable. Son châle marron lui sert à sécher ses larmes qui continuent de couler un mois après. Son fils, Atif, 19 ans, est l'une des trente victimes du naufrage d'un bateau de pêche, plein de clandestins tunisiens, qui tentait de gagner l'île italienne de Lampedusa le 11 février.

L'embarcation a coulé après avoir été percutée par un navire des gardes-côtes tunisiens. Le père d'Atif, Hedi, était contre le départ de son fils. «Il n'y a pas de travail en France et la mer est dangereuse.» Mais il n'a pas su trouver les mots pour le faire renoncer. A Zarzis (Tunisie), d'où il est parti, ils sont nombreux à tenter l'aventure vers l'Europe depuis la chute de Ben Ali.

La police tunisienne ne contrôle plus autant les départs. Wissem, 32 ans, coiffeur, lâche: «Tous mes clients sont partis.» Il était dans le même bateau qu'Atif. Mais a eu plus de chance. Il n'était pas dans la cale lors de la collision et a pu être sauvé. Mais il n'a pas récupéré les 1.800 dinars (900 euros) qu'il a payés pour passer. Lui qui gagne 400 dinars par mois (200 euros) rêvait d'une situation à Paris où il avait, assure-t-il, une promesse d'embauche.

Un rêve proche de celui de Najeh, 20 ans, un mécanicien qui travaille à une centaine de mètres du salon de Wissem. Lui souhaitait rejoindre son oncle à Anvers (Belgique). Comme l'a fait avant lui son frère de 17 ans. Mais pour lui aussi, la traversée a tourné court. «Nous étions 87 hommes à bord d'un bateau de pêche, raconte-t-il. Nous sommes partis dans la nuit. Mais au bout de dix-huit heures de traversée, le moteur s'est arrêté.» Najeh, mécano, a essayé de le réparer. En vain. «Nous avons dérivé pendant cinquante heures avant d'être repérés par un hélicoptère italien.» Il avoue avoir eu peur, car l'embarcation était prise dans une tempête. Maintenant, Najeh hésite à retenter l'aventure. Wissem, lui, a décidé: «Même en paquebot, je n'essaierai plus d'aller à Lampedusa.»