Syrie: deuxième manifestation en faveur des libertés en 24 heures

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Plus de 25 personnes ont été arrêtées mercredi à Damas lors d'une manifestation de familles de détenus politiques, le deuxième rassemblement dans la capitale syrienne en 24 heures, qui pourrait être le point de départ d'un mouvement de contestation en faveurs des libertés.

Les Etats-Unis ont appelé le gouvernement syrien à la retenue, se disant "préoccupés par les nouvelles faisant état de manifestants blessés et arrêtés en Syrie".

Bravant la loi d'urgence qui interdit les manifestations depuis 1963, des dizaines de parents de prisonniers politiques, encadrés par de nombreux policiers, se sont rassemblés sur la place Marjé jouxtant le ministère de l'Intérieur, selon des correspondants de l'AFP.

Ils brandissaient des photos de leurs proches et des pancartes proclamant "Libérez les détenus". Parmi les prisonniers figurent les avocats des droits de l'Homme Anouar Bounni et Mouhannad al-Hassni, ainsi que des médecins, des ingénieurs et des écrivains.

Au bout d'une heure, des agents de sécurité en civil ont exhorté les protestataires à partir, selon les journalistes de l'AFP qui ont vu quatre personnes arrêtées.

Selon le président de la Ligue syrienne de défense des droits de l'Homme, Abdel Karim Rihaoui, les policiers ont déchiré les pancartes et dispersé les manifestants. "C'est une violation du droit au rassemblement stipulé par la Constitution"

Amnesty international a fait état de plus de 30 arrestations. Des agents en civil ont violemment dispersé les manifestants, dont des femmes et des enfants, en utilisant des bâtons, a dénoncé l'organisation basée à Londres en appelant à la libération des manifestants.

L'Observatoire syrien pour les droits de l'Homme (OSDH) a fait état de plus de 25 personnes arrêtées, dont des intellectuels venus soutenir les familles. Parmi eux, les écrivains Tayeb Tizini et Hassiba Abdel-Rahmane, le militant et blogueur kurde Kamal Cheikho, libéré dimanche de prison, cinq membres de la famille d'un important opposant emprisonné, Kamal Labouani, ainsi que la militante Souheir Atassi.

"Le peuple syrien a devancé l'opposition, comme cela s'était passé en Egypte et en Tunisie. C'est la première fois qu'une manifestation appelant à la liberté se déroule en Syrie", avait déclaré Mme Atassi mardi après une première manifestation.

Une contre-manifestation de soutien au président Bachar al-Assad a réuni des dizaines d'autres manifestants sur la même place.

Ces dernières semaines, des appels d'intellectuels et d'organisations kurdes et syriennes se sont multipliés pour des réformes.

Une page Facebook intitulée "la révolution syrienne contre Bachar al-Assad 2011", qui compte près de 40.000 fans, avait appelé à des manifestations le 15 mars pour "une Syrie sans tyrannie, sans loi d'urgence ni tribunaux d'exception, une Syrie sans corruption ni vols ni monopole des richesses".

Des dizaines de Syriens avaient manifesté pour la liberté et des réformes politiques. Quatre jeunes, dont une femme, ont été arrêtés.

Le même jour, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a annoncé que son gouvernement engagerait cette année des réformes politiques.

L'OSDH a appelé les autorités à "cesser les arrestations arbitraires" et "à promulguer une loi moderne pour organiser le travail des partis politiques et des associations civiles en Syrie".

La Syrie a connu une brève période de liberté d'expression peu après l'arrivée au pouvoir en 2000 de Bachar al-Assad, qui succédait à son père défunt Hafez al-Assad. Mais ces libertés ont été vite étouffés avec l'arrestation d'importantes figures de l'opposition et de la société civile.