Le 26 avril 1986, à 01H23 le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl situé dans le nord de l'Ukraine, près de la Russie et du Bélarus, explosait, contaminant une bonne partie de l'Europe, mais surtout ces trois pays, alors républiques de l'URSS.
Le 26 avril 1986, à 01H23 le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl situé dans le nord de l'Ukraine, près de la Russie et du Bélarus, explosait, contaminant une bonne partie de l'Europe, mais surtout ces trois pays, alors républiques de l'URSS. — AFP/Archives

INTERVIEW

Un «liquidateur» de Tchernobyl se souvient

Il y a 25 ans, Andreï Tchoudinov, 64 ans, a tenté de limiter l'impact de la catastrophe deTchernobyl, alors dans l'ex-URSS. Il fut l'un des premiers à arriver sur place et l'un des rares survivants parmi ce premier groupe de «liquidateurs»...

Ancien travailleur sur le site de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, il y a 25 ans, Andreï Tchoudinov regarde ses successeurs japonais avec respect et tristesse. «Ce sont de bons gars. Après tout, ils ont la partie plus dure que nous. Ils ont eu un tsunami et sont maintenant confrontés à plusieurs réacteurs qui posent problème. C'est un cauchemar pour un ouvrier du nucléaire», dit-il à Reuters.

Les soldats, pompiers et techniciens japonais chargés de refroidir les réacteurs de la centrale étaient, mercredi matin, 180 autour de la centrale de Fukushima-Daiichi. Le ministère ukrainien des Situations d'urgence estime à 600.000 le nombre de personnes ayant travaillé à limiter les dégâts de Tchernobyl.

Andreï Tchoudinov était un opérateur chevronné du réacteur n°3, voisin du réacteur en fusion. Comme une multitude d'ouvriers et de militaires, les autorités soviétiques l'envoyèrent aux premières heures du 26 avril 1986 pour construire le sarcophage du réacteur n°4 de Tchernobyl, malgré la radioactivité intense. «Nous sommes arrivés à l'usine le matin après l'explosion. L'unité était détruite et en feu. Mais il n'y avait aucune raison de ne pas y aller», raconte-t-il par téléphone.

«Une question de devoir»

«Dans mon équipe, pas un de mes amis a refusé d'y aller. C'était une question de devoir. On savait que c'était dangereux mais (...) on n'a même pas hésité», affirme Tchoudinov. «Nous avons plus ou moins fait la même chose que les Japonais aujourd'hui. Nous avons tenté d'arrêter les réacteurs. Si l'incendie s'était étendu, la centrale serait devenue incontrôlable».

Le matériel de protection n'était pas le même qu'aujourd'hui. «Nous portions des tenues de tous les jours et un masque pour respirer. Avant de pénétrer dans le réacteur, on nous donnait une préparation iodée qu'on donne normalement aux premiers secours». Le bilan total et l'impact de la catastrophe de Tchernobyl sur la santé font toujours l'objet d'intenses débats, 25 ans après. Andreï Tchoudinov, aujourd'hui retraité, ne peut que constater qu'il a perdu «beaucoup, vraiment beaucoup d'amis». «Je ne sais pas pourquoi j'ai survécu", dit-il.